YAWO ATTIVOR : LE RETOUR

Yawo.jpgSamedi 8 Novembre 2008. Annoncé depuis longtemps et sans cesse reporté, le concert du musicien togolais Yawo Attivor, revenu peu des États-Unis, a lieu enfin au Centre Culturel Français de Lomé. J’assiste, impuissant, à la première partie du show… Le reste? Lisez!

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 Yawo.jpgSamedi 8 Novembre 2008. Annoncé depuis longtemps et sans cesse reporté, le concert du musicien togolais Yawo Attivor, revenu peu des États-Unis, a lieu enfin au Centre Culturel Français de Lomé. J’assiste, impuissant, à la première partie du show. Malick Ayeva, jeune et audacieux producteur de la place, a profité de l’occasion pour tester ses poulains : Prince Kassi, Charles Ozo, Komi Koffigoh (celui-là devrait changer de nom, je pense), Mirlenda… Franchement difficile de dire qui du lot émergera, mais je me demande à quoi cela sert de mettre des artistes plus que moyens en première partie d’un spectacle qui allait se révéler plus que de qualité quelques heures plus tard.  En effet, quand Yawo entre enfin sur scène, la différence avec les jeunes agités de la première partie saute terriblement aux yeux. La voix n’a pas changé, basse éraillée qui crochète les mesures comme la pluie force son chemin vers quelque nappe souterraine. Le côté professionnel est évident dès les premières notes de la guitare basse du leader, qui jette constamment des clins d’œil complices à ses musiciens. Le jeune prodige de la trompette, Elias Damawuzan, réagit aussitôt, faisant monter la sauce dans une bataille de sons avec le reste de l’orchestre. Des fans excités jettent sur la scène des billets de banque. Yawo ne voit rien, il est dans son univers, dans sa bulle, la musique pour lui est un temple où seuls n’entrent que ceux qui partagent la foi du maître de cérémonies. 

De temps à autre, Yawo s’amuse. Il quitte l’univers complexe des arrangements métissés, pour surfer sur quelque rythme populaire. Une mémorable séquence de musique zaïroise a vite fait de transformer la scène en piste pour un concours de danse échevelé. Sacré Yawo, même quand il sacrifie son jeu en laissant Prince Kassi faire de l’animation sur le rythme du ndombolo, sa touche world et jazz a vite fait de détourner le tempo : Prince Kassi en perd le nord, tout comme les danseurs essoufflés, qui se demandent quel type de musicien est cet Attivor-là, qui les malmène par un décalage savant d’une rythmique qu’ils croyaient à leur portée. Je retrouve là le compositeur audacieux. Il faut le suivre pas à pas pour entrer dans la structure des morceaux qui oscillent entre jazz et folk, afro-funk, afro-jazz… Il brouille les pistes, mais ses musiciens sont à la hauteur, qui le soutiennent dans ses pérégrinations insolites. Le public est sonné, il vient d’exulter à peine que déjà le musicien l’emmène dans des hauteurs où la respiration est difficile et facile à la fois ! Incroyable, la foule scande, « Ayelevi, Ayelevi », réclamant là un titre de Yawo, qu’il jouait encore il y a plus de quinze ans, quand il officiait encore dans le groupe Zangbeto (Night People) ! Il ignore les appels de la foule, la musique est un temple, et entonne « Djalélé », un titre pour célébrer les héros sacrifiés d’une Afrique qui se cherche. La foule le suit enfin quand les percussions s’emballent, un show man redoutable ce Yawo ! « Djalélé » n’en finit pas de s’allonger, un vrai morceau de bravoure qui alterne et enchaîne les airs les plus populaires du répertoire des chansons traditionnelles éwé, avec l’aide d’Akoussa Vivi, une ancienne gloire de la musique togolaise, surgi inopinément de la salle. Et dire qu’il se raconte que le CCF ne voulait pas de ce concert-là, parce que paraît-il on se sait pas qui est Yawo Attivor, je n’ose même pas accorder du crédit à ces racontars stupides ! Yawo Attivor est un show man aguerri, et il sait tout jouer, il le prouve bien quand il reprend un vieux air camerounais qui met définitivement le feu au public. C’est à ce moment-là seulement qu’il laisse retomber la pression. Il redevient intimiste, avec le titre « Kafui », trois guitares classiques et la voix de la choriste qui lui donne la réplique sentimentale. « Davi Kafui », chante Attivor, « bissez, bissez », crie le public, et Yawo, pour une fois, écoute son public, et « bisse » la chanson. Ouf, le concert est à son apogée, la communion avec la salle est définitivement établie.  Yawo2.jpg« Last but not least », “Ayelevi”, le show man entonne la chanson tant attendue. Les gamins envahissent la scène pour une ultime compétition de danse, tandis que Prince Kassi, à l’aise dans son élément, revient animer la séquence. Avons-nous vu les heures passer ? Pas sûr, la foule est restée jusqu’à la fin, jusqu’à la chanson finale, « Celebrate », un titre terriblement groove, qui allait nous faire quitter à regret le Centre Culturel français de Lomé. Cela faisait si longtemps que nous n’avions plus assisté à un concert d’une telle tenue, d’une rigueur aussi professionnelle. Merci Yawo, bon retour chez toi, et vivement un nouvel album !   

 

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