Lire est un plaisir 2 :Robert et les Catapila, par Venance Konan

konan_venance.jpgDans sa Côte-d’Ivoire natale, Venance Konan est un journaliste à la réputation établie. Venu tardivement à la littérature de fiction, il l’est l’auteur, en 2003, d’un premier roman, Les Prisonniers de la haine, une sorte d’enquête policière dans le Liberia de Samuel Doe et de Charles Taylor. Son recueil de nouvelles, Robert et les Catapila, confirme les talents de l’écrivain.

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konan_venance.jpgDans sa Côte-d’Ivoire natale, Venance Konan est un journaliste à la réputation établie. Venu tardivement à la littérature de fiction, il l’est l’auteur, en 2003, d’un premier roman, Les Prisonniers de la haine, une sorte d’enquête policière dans le Liberia de Samuel Doe et de Charles Taylor. Son recueil de nouvelles, Robert et les Catapila, confirme les talents de l’écrivain.

prisonnier_haine1.jpgLes Prisonniers de la haine, à sa sortie, fut un best-seller local, nonobstant ce qui pouvait sembler son défaut majeur : pas assez de distance dans la narration, le journaliste prenant trop le pas sur le romancier. Juste mon point de vue!
Avec ce recueil de six nouvelles, Robert et les Catapila, le plaisir du raconteur d’histoires prend le pas sur le souci du donneur de leçons. Et c’est un régal. Même le badinage ne fait pas de l’ombre à la gravité de l’allégorie, comme l’illustre la première nouvelle qui donne son titre au recueil.

Qui est étranger, qui ne l’est pas ? A qui appartient la terre, à celui qui la travaille ou à celui qui en récolte l’usufruit ? La famille Catapila, en débarquant dans le village de Robert ne se posait pas toutes ces questions. Pourtant, quand leur prospérité de solides cultivateurs finit par attiser convoitise et jalousie chez leurs hôtes, il a fallu se rendre à l’évidence qu’un étranger n’est acceptable chez les autres qu’à condition qu’il rase les murs. Il y a de l’astuce dans cette histoire à rebondissements, dont la fin surprend, agréablement, ridiculisant avec efficacité l’actualité d’un certain concept pseudo politique qui a fait fureur sous le règne d’un président éphémère de la Côte-d’Ivoire, tiens, un certain Robert Guéï !.

LA-CHATTE_1.jpgIl y a du rire partout aussi, quelque soit la nouvelle choisie. Dans La chatte de Maryse, une histoire d’amour interraciale qui tourne au vinaigre, l’ambiguïté de la définition du mot « chatte » est le prétexte à un brouillage de pistes savamment organisé par l’auteur : « Bon Dieu ! Qu’est-ce qui m’a donc pris de toucher à cette chatte ? Il y en avait pourtant partout dans la ville, de toutes les tailles, de tous les âges. Et il avait fallu que je touche à celle-là… » (P. 165) Le lecteur se surprend à tourner les pages pour découvrir la texture des poils de la bête… à quatre pattes, dans tous les cas ! La machine à remonter l’Histoire nous fait découvrir le dilemme d’un marxiste-léniniste dans la nouvelle Au nom du Parti : sur ordre du chef suprême, le camarade Faustin, marié, père de famille, doit éteindre de son appareil le feu qui brûle les entrailles de la camarade Léocadie, une célibataire sans grâce mais tellement dévouée aux structures que les organes du parti se devaient de s’occuper d’elle… quand même ! N’y voyez pas qu’une histoire de coucherie, il s’agit là d’une rigoureuse fable « érotico-dialectique sur les… dérives… des apparatchiks » (p. 11).

La chute, botte secrète du nouvelliste, Venance Konan en a l’art. La drôlerie de la troisième nouvelle, une histoire d’enterrement où, non seulement le mort refuse de se laisser ensevelir, mais emporte les vivants avec lui dans la tombe, ainsi que l’emboîtement des détails illustre sa maîtrise du suspense. Enfin les deux derniers récits forment une vision contrastée des ravages des sectes de toutes obédiences, et de la victoire de la volonté individuelle sur tout dogme religieux. Un iman qui tourne la rue de la fortune et danse frénétiquement le « Wawanco » devant les caméras de télévision, avouez que tout homme sensé aurait fait la même chose à sa place, pour un lot de deux millions CFA ! D’ailleurs, « le Prophète… ne parlait pas de ce jeu dans sa Sourate. » (P. 284).

Des rumeurs officielles font état de la reprise, chez Gallimard, du bijou de Venance Konan, voire d’une adaptation au cinéma, de quelle nouvelle, j’ignore pour l’instant.

Alors, même si je ne sais pas quand ce recueil reparaîtra chez Gallimard, je vous assure d’une chose, précipitez-vous dessus à sa sortie dans la collection Continents Noirs, satisfaction garantie. Et si jamais vous êtes déçu, eh bien, je m’excuserai publiquement.

Venance Konan, Robert et les Catapila. Nouvelles, Abidjan, NEI, 2005, 288 pages.

Titres des nouvelles : 1.Robert et les Catapila. 2. Au nom du parti. 3. L’enterrement de mon oncle. 4. La chatte de Maryse. 5. La guerre des religions. 6. Le Millionnaire.

P.S. Le Journal ivoirien Fraternité Matin, à propos de cette reprise du titre chez Gallimard : http://www.fratmat.net/content/detail.php?cid=gAWe2f7uvw3
© Kangni Alem


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