Lire est un plaisir 10:Anne Eisner chez les Pygmées

Eisner_01.jpgLongtemps le pygmée, ancien mot grec désignant un être de petite taille vivant au cœur du continent africain, n’aura été pour le discours occidental qu’un mythe, avant que les explorateurs européens, au début du 20e siècle, n’aillent à sa rencontre et qu’on en retrouve plus tard quelques spécimens exhibés dans les foires coloniales…

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Eisner_01.jpgLongtemps le pygmée, ancien mot grec désignant un être de petite taille vivant au cœur du continent africain, n’aura été pour le discours occidental qu’un mythe, avant que les explorateurs européens, au début du 20e siècle, n’aillent à sa rencontre et qu’on en retrouve plus tard quelques spécimens exhibés dans les foires coloniales et les zoos du Bronx ou de Cologne, à la satisfaction des foules venues contempler l’antique «sauvagerie» de leur manière de vivre. Si la bibliographie sur le « sujet » est aujourd’hui abondante, très peu de livres ont cette force de raconter des histoires aussi singulières que celle de l’artiste peintre américaine Anne Eisner, laquelle partagea la vie des Pygmées de la forêt de l’Ituri au nord-est du Congo, de 1946 à 1954.

En 1946, Anne Eisner quitte New York pour le Congo belge. A ce départ, une raison : la fascination exercée sur elle par la personnalité de Patrick Putnam, jeune étudiant en anthropologie tout frais émoulu de Harvard, lequel avait décidé de rester vivre au Congo auprès des pygmées. Elle épousera Putnam, à son arrivée, et dans le contexte colonial de l’époque, essayera de trouver un sens équilibré à son propre engagement. Même si sa vision du monde de la forêt et la relation de son expérience à travers l’Afrique oscille, ainsi qu’on le remarque dans son livre Madami, entre un certain idéalisme et le sensationnalisme le plus cru, il n’en demeure pas moins vrai qu’Anne Eisner a réussi ce qu’un artiste comme Gauguin n’a jamais su réussir lors de son exil tahitien : vivre l’osmose avec les habitants et le lieu d’accueil, comme le montrent ses tableaux datant de la période « ituri ».

congo_images.jpgImages of Congo est un bel hommage à l’extraordinaire aventure d’une créatrice qui a tout abandonné des privilèges et promesses de son métier pour vivre la culture de l’autre. Comme le fait justement remarquer dans sa préface Abiola Irele, professeur à Harvard, une telle démarche, au demeurant plus artistique qu’ethnologique, donne sens à la compréhension de l’altérité et constitue l’un des chapitres les plus novateurs du discours ethnographique sur l’Afrique.

Images of Congo : Anne Eisner’s Art and Ethnography, 1946-1958, 5 Continents Editions, Milan 2005, 159 p. Prix: $39.00. Préface d’Abiola Irele, avec des contributions de Suzanne Preston Blier, Christraud M. Geary, Kay Kaufman Shelemay, Christie McDonald, Enid Schildkrout, and Rosanna Warren et des commentaires des peintres Louis Finkelstein et Joan McD Miller.

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