Les Béninois sont fiers de leur médecine. Dites-le à l’immigré Sarkozy !

sarkozy_images.jpgDepuis un certain temps, dans les propos de M. Sarkozy sur l’immigration, revient la référence aux « médecins béninois ». Cela gêne M. Sarkozy qu’il y ait beaucoup de médecins « béninois » en France et pas assez au Bénin, comme si la nationalité et l’exercice d’un métier allaient de soi. D’ailleurs, personne ne sait si ces médecins sont vraiment béninois ou français, puisque les conditions de l’exercice de la médecine en France sont aussi réglementés que celui du métier de croque-mort : un étranger n’y a pas acès facilement. Alors, quelques Béninois en ont eu marre, à l’instar de Camille Amouro, Directeur de La Médiathèque des Diasporas à Cotonou, dont voici la réaction. Bonne lecture et à bientôt. (K.A)

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sarkozy_images.jpgDepuis un certain temps, dans les propos de M. Sarkozy sur l’immigration, revient la référence aux « médecins béninois ». Cela gêne M. Sarkozy qu’il y ait beaucoup de médecins « béninois » en France et pas assez au Bénin, comme si la nationalité et l’exercice d’un métier allaient de soi. Après le plombier polonais, le médecin « béninois »! D’ailleurs, personne ne sait si ces médecins sont vraiment béninois ou français, puisque les conditions de l’exercice de la médecine comme du métier de croque-mort sont strictement réglementées : un étranger n’y a pas acès facilement. Alors, quelques Béninois en ont eu marre, à l’instar de Camille Amouro, Directeur de La Médiathèque des Diasporas à Cotonou, et ont décidé de répondre au Ministre de l’Intérieur français. Voici la réaction de Camille Amouro. Bonne lecture et à bientôt. (K.A)

Les Béninois sont fiers de leur médecine. Dites-le à l’immigré Sarkozy !

camille_auton29.jpgLa mission m’incombe, en ma qualité de directeur de La Médiathèque des Diasporas, et parce que les autorités politiques du Bénin n’ont pas cru devoir le faire, de signifier aux médecins béninois de France et du monde entier, la fierté, la reconnaissance et la solidarité de l’ensemble du peuple béninois pour l’extension de leur mission humanitaire au-delà des frontières du Bénin. Ils ont choisi résolument de s’occuper de la santé des individus de la terre, en toute responsabilité et en toute connaissance de cause, là où d’autres immigrés multiplient d’intrigues et de manigances cyniques pour ravir aux fils des premiers occupants la magistrature suprême.

Les Béninois pensent que si les médecins français d’origine béninoise arrivent à exercer dans des conditions d’une rude hostilité politique, c’est parce qu’ils sont compétents, c’est parce qu’on a besoin d’eux là où ils sont, que ce n’est pas parce qu’ils sont béninois, que c’est parce qu’ils sont de bons médecins. Et les Béninois espèrent qu’en cas de besoin, ils ne manqueront pas d’apporter leur savoir-faire ici, et qu’à ce moment, nous saurons leur dire nous mêmes, et que pour l’instant, nous n’avons désigné personne pour le faire à notre place.

Je voudrais signifier à tous les Africains de la terre, la solidarité des peuples d’Afrique. Je voudrais leur rappeler ces versets de mon ami Zakari Dramani-Issifou, brillant historien d’origine béninoise, qui a consacré sa vie à éduquer des enfants de France :

Comme une bouteille jetée

dans un océan de désespérance inouïe

Ce n’est qu’une mauvaise passe

L’Afrique, la vraie, s’en sortira

Le monde sort de notre terroir

Qu’on s’en souvienne !

Je voudrais leur dire notre admiration de les voir s’attacher à une sagesse de l’hospitalité qui a toujours dicté, en Afrique :

« lorsque tu vas dans une maison pour vivre avec les femmes et les hommes déjà installés, offre-leur ton cœur, tes mains et ton souffle. Respecte leur coutume tout en gardant la tienne. Ne cherche pas à tuer le propriétaire pour prendre sa place : tu pourrais bâtir un territoire de malédictions semblables à ceux des hommes de derrière la forêt. Enseigne cela à tes enfants ».

Je sais que cette sagesse n’est pas universelle, qu’elle n’a pas inspiré en tout cas l’histoire, la culture ou l’éducation de certaines peuplades à qui on a enseigné très tôt :

« Quand tu t’approcheras d’une ville pour la combattre, tu lui feras des propositions de paix. Si elle te répond : « faisons la paix ! », et si elle t’ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouve sera astreint à la corvée pour toi et te servira. Mais si elle ne fait pas la paix avec toi, et qu’elle engage le combat… tu frapperas tous ses hommes au tranchant de l’épée. Tu garderas seulement comme butin les femmes, les enfants, le bétail et tout ce qu’il y a dans la ville… » (Deutéronome. 20)

Où veux-je en venir ? A l’idée que la visite du définitivement, de l’irrémédiablement étranger Sarkozy, au Bénin est une déclaration de guerre, que cette guerre, le peuple noir est désormais prêt à l’affronter, qu’après la traite négrière et la colonisation, s’il n’est pas prêt maintenant, s’il continue d’admettre l’impunité face à l’humiliation, à l’opprobre, à la corruption, s’il ne sait pas enfin utiliser l’épée que ses mains et sa terre ont fourni à la terre, c’est qu’il serait taré. Et l’histoire actuelle des idées montre que ce n’est pas lui qui est taré. Que ce n’est pas sa « civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance » ; que ce n’est pas sa civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux » ; que ce n’est pas sa « civilisation qui ruse avec ses principes » (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1955, P. 7) et que la décadence se trouve ailleurs, si flagrante qu’aucun homme respectable, qu’aucun homme raisonnable ne saurait comprendre que la solution que l’on propose à cette déconfiture avancée soit encore une fois l’instrumentalisation du peuple noir.

Pour ma part, si j’utilise ici une expression à laquelle mon vocabulaire n’est pas habitué, c’est parce que les faits m’y ont enfin poussé. C’est parce que quand on fouille un président africain au Canada et que, hasard des calendriers, on décide, sans avoir proposé une étude économique préalable, une comparaison entre la production-consommation de notre diaspora en France et les charges qu’elle représente pour ce même pays, d’une loi pour restreindre la mobilité des Noirs sur la terre qui nous appartient collectivement, je dis, je me sens désormais appartenir à un peuple dont l’antériorité sur tous les autres peuples de la terre gêne, dont la culture a fécondé le savoir humain et dont la force de travail permet de gigantesques réalisations modernes.

En revanche, si depuis plus de deux décennies, en France, les lois sur la migration se suivent et se ressemblent dans leur inefficacité, c’est parce qu’elles ne sont point inspirées par les vrais problèmes contemporains. C’est parce qu’elles sont dictées par un fétichisme d’agitateurs ambitieux et de charlatans dont l’intelligence, au bout de son sinistre parcours, se trouve imbue d’erreurs et de vices considérés comme certitudes et traités comme telles, avec derrière, l’agrégation d’une vision hitlérienne du monde ayant toujours suscité des bêtises impunies. C’est parce qu’armés de cette impunité consacrée comme naturelle par la traite et le colonialisme, des ministres sadiques, non seulement macrotteurs politiciens lèche-chèques et magistrats aux ordres, mais pareillement et au même titre, journalistes fielleux, des paternalistes, des corrupteurs, des donneurs de tape dans le dos, des diviseurs, des endormeurs, des mystificateurs, des baveurs, et d’une manière générale, tous ceux qui jouent leur rôle dans la sordide division du travail pour la défense de la société occidentale et bourgeoise, tentent de fuir les vrais débats en choisissant d’emblée un bouc émissaire : Les Noirs.

« Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi. » (Césaire, idem, p. 13). Et ben non ! Ce n’était pas de Nicolas Sarkozy mais bien d’Adolphe Hitler. La différence est que le dernier proclame, l’autre fait la loi.

« Il ne faut pas oublier que l’esclavage n’a rien de plus anormal que la domestication du cheval ou du bœuf. Il est donc possible qu’il reparaisse dans l’avenir sous une forme quelconque. Cela se produira même de manière inévitable si la solution simpliste n’intervient pas : une seule race, supérieure nivelée par la sélection. » Décidément, Monsieur Sarkozy ne manque pas de maîtres à penser. Celui-ci s’appelait Lapouge. Mais c’est l’académicien Jules Romain qui lui inspire le plus son inquiétude face aux médecins d’origine béninoise :

« Il m’est arrivé d’avoir en face de moi une rangée d’une vingtaine de Noirs purs… Je ne reprocherai même pas à nos nègres et négresses de mâcher du chewing-gum. J’observerai seulement…que ce mouvement a pour effet de mettre les mâchoires bien en valeur et que les évocations qui vous viennent à l’esprit vous ramènent plus prêt de la forêt équatoriale que de la procession des Panathénées…La race noire n’a encore donné, ne donnera jamais un Einstein, un Stravinsky, un Gerswin. »

Voilà la culture de celui qui rêve de devenir président des Français et qu’un certain nombre de Français laisse faire. Il n’est pas question, en ce qui nous concerne, de nous contenter de prévenir ce coup-ci. Monsieur Sarkozy est un ennemi de l’Afrique. Monsieur Sarkozy propose des mesures racistes anti-noires à des problèmes qui n’ont rien à voir avec la couleur de la peau, avant même d’avoir cerné quels sont ces problèmes. Donc, si Monsieur Sarkozy est plébiscité par les Français, je veux dire que si les Français démissionnent et ne trouvent pas meilleure intelligence pour se pencher sur leurs problèmes, c’est toute la France qui devient ennemie de l’Afrique. C’est toute la France qui devra rendre compte des dérives actuelles et passées.

Les collabos seront appréhendés. Il ne sera plus question de tergiverser, mais d’avancer. Voilà ce que nous voudrions charger Monsieur Boni Yayi de transmettre à nos frères et sœurs de l’extérieur ainsi qu’à la République française.

Camille Amouro

Directeur de La Médiathèque des Diasporas

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