Le laboratoire littéraire de Jean-Pierre Jacquemin

labo-cafeimages.jpgJean-Pierre Jacquemin, un ami belge critique littéraire, est devenu aphasique après un accident vasculaire et cardiaque. C’était en 2007. Aujourd’hui, la plupart de ses amis qui s’occupent de lui ont décidé de publier les textes épars de JPJ. La plume acerbe et l’intelligence critique doublée d’une vaste culture, JPJ a plus d’une fois croisé mon chemin de créateur. Nos échanges ont toujours été vifs et enrichissants. En attendant que le recueil de ses critiques et analyses paraissent, je vous propose un vieux texte de lui. Bonne lecture. (K.A.)

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jpjpartenfuméewaow.jpgREFLEXIONS SUR DES MOTS POUR «L’AUTRE»
  LES P-D-G DE BABEL, S.A.
 
Qu’est-ce qui fabrique l’Altérité ? Autrement dit, comment se crée l’Autre, le Différent, celui ou celle qu’on isole et exclut ? A partir de quels postulats et principes, boiteux, vaseux et corrosifs ?
 Ce ne sont pas seulement des questions de culture, encore moins de psychologie pure. Quand une société se construit, avec une farouche énergie et sur plusieurs générations, un arsenal impressionnant — à la fois complexe et simpliste — de fausses représentations de l’Autre (“étrange étranger” redouté, greffon condamné au rejet), il y a derrière cet édifice collectif des raisons préalables qu’on ne peut ignorer : la recherche et le maintien du profit impliquent structurellement l’exploitation du pauvre et tout pouvoir, pour régner, divise à jet continu. Désigner des boucs émissaires est une tactique vieille comme le monde, sans doute, et ce crime, toujours, profite à quelqu’un. Et même si “homo homini lupus”, si l’homme s’acharne partout à être un loup pour l’homme, nous ne pouvons tout expliquer par l’antique maxime latine, à moins de nous replier sur nous-mêmes, confits de chagrin et rancis de désespoir, car, en fin de compte, qui génère les mensonges ? Qui invente, et pour qui, mythes et stéréotypes ?
C’est bien l’aristocrate qui définit le manant, le théocrate qui repousse l’infidèle, le haut clergé qui vomit l’hérétique. C’est le bourgeois qui circonscrit la plèbe, le colonisateur qui cerne l’indigène, le commissaire politique qui biffe l’ennemi du peuple. Et le vieux patriote s’abreuve de sang impur ! Et peut-on oublier que dans l’Athènes classique, démocratie-fantôme, le citoyen, refusant le despote, pérennisait l’esclave, tout en fichant et taxant le métèque ? Le catalogue ancien compte mille autres pages…
Mais nous sommes ici et maintenant. Dirigés, dominés par des banques fusionnelles, des multinationales en trans(es) dans des bourses-casinos. Faites vos jeux ! Rien ne va plus ! Nous errons dans les couloirs d’administrations opaques, résolument kafkaïennes, encadrés par des polices contaminées par le racisme, assoupis par des médias majoritairement futiles. Et au lieu de faire entendre nos voix, nous les donnons trop souvent à des contorsionnistes habiles mais qui ont des pieds de plomb sur le terrain du réel.
Réfléchir sur l’altérité, c’est d’abord garder à l’esprit que des machines de pouvoir fabriquent sans cesse de la différence-exclusion, sous des formes savamment variées, économiques, sociales, culturelles, et que cette atomisation hiérarchisée de l’humain, loin d’être le fruit du hasard ou de la fatalité, sert des appétits de contrôle, matériel et psychologique, profondément boulimiques. Big Brother ne fait pas qu’épier et calibrer. Chaque fois qu’il a faim, il (nous) mange.
Alors ? Alors, partout où c’est possible, mener les combats qui s’imposent pour résister à ce(s) pouvoir(s) : oser sortir de sa fragile coquille ou du faux blindage de sa carapace. Refaire l’humain. Et le redire. Entre autres réflexes salutaires, déjouer les pièges du langage. Enrayer ses armes, subtiles ou grossières. Prendre l’adversaire aux mots.
Rechapage de slogans usés, pré-ou post-soixante-huitards ? Certains lecteurs le penseront peut-être. Mais comment ne pas admettre que toute entreprise d’enfermement et de mise à l’écart commence et se perpétue par les mots ? Et pour ne pas se borner à vitupérer contre des “pouvoirs” abstraits (le Capital, la Politique, l’Ecole, etc.), il pourrait s’avérer utile de questionner aussi le langage du quotidien, les expressions entendues dans la rue, dans le tram, au bistro, au stade, les termes crus, aussi vulgaires soient-ils, employés par tant de gens afin de désigner l’Autre, devant lui ou dans son dos, et le mettre au pilori.
 
jpjetalain.jpgA PROPOS DE NOMS D’OISEAUX
 
Quand il s’agit de langage et de discrimination, on pense tout d’abord aux injures, flèches imbibées de fiel et de poison. Leur fonction est de blesser et de recouvrir d’opprobre celui ou celle à qui on les lance. Agonir quelqu’un d’injures : passage à tabac verbal, petit meurtre symbolique, avec une charge profonde d’intense vulgarité.
Qui donc n’y a jamais eu recours, de rage et pour se défouler ? Qui n’a jamais dit “crétin”, “enfoiré”, “salope”, “connasse” ?
Cependant une distinction apparaît comme essentielle : s’en prendre à l’individu n’est pas du même ordre que s’en prendre au groupe. Quelle que soit la force de l’agression (l’évocation, par exemple, de traits physiques jugés peu flatteurs, d’un supposé défaut de caractère ou même, dans certains cas, une référence méprisante au sexe (1)), le “petit con”, le “casse- couilles” ou bien la “grosse pétasse” sont le plus souvent vilipendés en tant que personnes précises. L’injure est, en quelque sorte, “personnalisée” et bien qu’elle reste, dans son essence, outrageante et outrancière, l’expéditeur et le destinataire semblent conscients, ne serait-ce qu’intuitivement et si peu que ce soit, de l’aspect hyperbolique et des bornes de l’affront. Je ne veux pas affirmer par là que chacun(e) doit être ravi(e) de se faire traiter d’“abruti(e)”, de “peau de vache”, de “minable”  ou de “mocheté”, mais le problème est tout autre quand il s’agit d’injures portant sur l’origine.
Certains s’attaquent à la famille : les “fils de pute” et autres “nique ta mère” déversent quotidiennement leur poids de complexes machos. Mais la banalisation de ces amabilités réputées méditerranéennes(2) les a rendues de plus en plus (grâce au rap et à la pétanque ?) ludiques, presque folkloriques. Et, par exemple, le terme “bâtard”, si grave partout il n’y a pas si longtemps, semble avoir perdu beaucoup de son pouvoir d’ignominie, là où les moeurs et les lois ont changé.
Quoi qu’il en soit, l’injure à caractère familial et, par là, bien souvent sexiste, ne se cantonne plus à la péjoration d’un seul individu. C’est déjà un peu le groupe qui est ici agressé, au coeur de son histoire privée, au nom d’une prétendue déviance intime. C’est déjà un peu le groupe, mais ce n’est pas encore tout le groupe.
 LES MOTS DE LA HAINE
 On en conviendra, j’espère, les injures les plus ignobles en même temps que les plus bêtes sont celles qui reprochent à quelqu’un non pas un supposé défaut personnel mais bien son appartenance à un groupe décrété inférieur et ou dangereux. Ici plus de relation interindividuelle permettant, au moins, la riposte : “c’est celui qui le dit qui l’est !”. Cette fois, c’est l’ensemble d’une communauté, d’un peuple, qui subit l’outrage et le rejet pour des raisons qui tiennent à l’histoire du racisme : “youtre”, “youpin”, “crouillat”, “bicot”, “raton”, “bougnoul”(3), “négro”, “moricaud”, “macaque”, “chinetoque”, “face de lune” ou “face de citron” (4), “camp volant” ou “baraqui”, tous ces mots tristement célèbres (et bien d’autres qu’heureusement j’oublie) traînent au long de leurs phonèmes un lourd passé de mépris, de haine et d’exclusion et ils ont accompagné et, dans trop de cas, préparé servitudes, massacres, génocides.
Même si le proférateur de telles injures ignore, dans sa bêtise et sa propre ignorance, ce que furent la traite des esclaves, les pogroms, les lynchages, les “pacifications” des empires coloniaux et les applications de la “solution finale” (mais pourquoi et comment se fait-il qu’on puisse ignorer de tels faits ?), il est certain que l’insulteur puise dans un imaginaire collectif né d’une Histoire bien réelle où l’Autre a été (est encore ?) infériorisé, opprimé, diabolisé, annihilé même au nom de “différences” prétendues radicales : là confusément se mélangent des ostracismes liés à la “race”, la couleur, la culture, la religion, la condition sociale. Et l’Occident (le Nord, comme on dit à présent), s’il n’est pas le seul détenteur des pratiques d’exclusion et de la xénophobie, porte tout de même dans son histoire l’incontestable et douteux monopole de l’invention de la théorie des “races” absurdement hiérarchisées. Cette racialisation a généré le racisme, hier triomphant, aujourd’hui renaissant. Le nier ou le taire, c’est s’en rendre complice. Et l’incroyable mollesse avec laquelle on combat, au sein de la nouvelle Europe, les délits d’injures racistes (et d’autres faits plus graves, pourtant concomitants) en dit long sur l’héritage. Cela provient-il seulement d’une mauvaise conscience honteuse ou, pire, d’une indifférence qui nous ramène au cynisme, celui de la mauvaise foi ?
 

LES MOTS DU FLOU ET DU MALAISE
 
Quittons le royaume des injures, apanage de tristes sires au fond de tristes bistrots, de houligans tifosi éructant leurs cris simiesques, de “gardiens de la paix” fascisants obsédés par le faciès ou de skinheads nazillons bramant leurs ruts assassins. Il faut les empêcher de nuire avant d’autres cassages de gueule, d’autres matraquages, incendies, coussins. Nous sommes tous d’accord là-dessus.
Mais il existe, pour faire de l’Altérité, d’autres usages du langage, très différents, plus “soft”, socialement acceptés, mais qui méritent, dans leur imprécisions, leurs ambigüités, de subir, eux aussi, une analyse critique. Bredouillements conceptuels, lapsus mentaux, dérapages du vocabulaire, euphémismes maladroits : personne n’y échappe tout à fait.
Les humoristes l’ont repéré : notre société actuelle se gargarise volontiers d’euphémismes de toute sorte, souvent ampoulés, dérisoires, au nom de ce qu’on appelle désormais le “politiquement correct” : les aveugles sont des non-voyants, les sourds des malentendants, les invalides des moins valides, les vieux des personnes âgées. Les chômeurs sont devenus des demandeurs d’emploi, les concierges des gardien(ne)s d’immeuble, les balayeurs et nettoyeuses des technicien(ne)s de surface(5) Cela leur fait à tous une belle jambe !
C’est surtout de la poudre aux yeux, de l’adoucissant dans notre lessive, si ce nouveau vocabulaire qui prétend redonner de la dignité à des catégories socialement dépréciées ou marginalisées ne s’accompagne pas, principalement, d’une vraie solidarité, tant matérielle que morale. Mais cette mode des nouveaux vocables, considérés comme plus flatteurs, nous indique parallèlement que les mots sont un enjeu, qu’il faut y prêter attention.
En ce qui concerne les termes utilisés pour désigner les populations identifiées comme n’étant pas “de souche”, c’est en Belgique, par exemple, la valse du n’importe quoi : étranger, immigrés, non-Belges, allochtones, etc., autant de redoutables mots-pièges, dans lesquels nous tombons tous, qui ne sont pas des synonymes et qui ne peuvent être satisfaisants puisqu’ils sont pleins de non-dits, de glissements sémantiques, de connotations équivoques et d’effets pervers. La confusion est beaucoup trop fréquente entre l’origine, la culture, l’histoire sociale et économique et la nationalité légale d’un groupe.
Il est vrai que dans un pays où le fait de parler une langue s’est bizarrement transformé en identité politico-ethnique contraignante et discriminante (les “francophones” ne sont pas un peuple ou une nation, les “néerlandophones” non plus, n’en déplaise aux professionnels de la cristallisation linguistique), rien ne devrait plus nous étonner en matière de confusionnisme !
Trop de choses se cachent derrière les mots : quand le vocable étranger commence à signifier bien plus que son sens premier (un exemple récent entendu dans le tram : “Encore une boutique de télécommunication ! Normal, avec tous les étrangers qu’il y a maintenant à Bruxelles !”. La voix n’était pas hostile mais le regard, en coulisse, zoomait sur les passagers qui n’étaient pas couleur d’asperge) ou quand “immigré” s’emploie, poliment ou non, pour dire — ou plutôt ne pas dire — Turc ou Marocain, on peut être certain qu’on est en plein malaise. Et comment s’appellent (eux-mêmes) aujourd’hui les Belges ou les Français partis travailler sous d’autres cieux ? Immigrés ? Non : expatriés, (“expats”, pour les intimes) ! Ce mot serait-il plus présentable ?(6)
Par ailleurs, il est courant d’entendre, cela a été souvent remarqué, Arabe pris pour musulman ou l’inverse ; islamique et islamiste sont joyeusement permutés, avec ou sans intention ; quant à Maghrébin, habitant du Maghreb, simple entité géographique, il finit par signifier bien plus que la seule provenance : “l’agresseur était de type maghrébin…”, trouve-t-on dans le récit de certains faits divers. Et cet adjectif élastique permet ainsi d’amalgamer Marocains, Algériens, Tunisiens, fondus dans l’imprécision.
Et puisqu’on en est à l’emploi de type, soulignons ici ses ravages. Type scandinave, latin, européen(7), qu’est-ce au fond sinon le fruit de l’obsession de la classification basée sur des critères physiques, de teint ou de cheveux ? La racialisation n’est pas loin, avec ses dérives monstrueuses. Faut-il rappeler le type aryen, le type sémite et toutes leurs conséquences ?
UN CONTINENT MONOCHROME ?
 Une autre imprécision fréquente entoure Afrique et Africains, termes aux acceptions trop floues. On prend la partie pour le tout ou le tout pour la partie, du moins dans l’usage courant. Un peu comme si le continent était amputé de son Nord, pour raisons épidermiques. J’ai déjà entendu plusieurs fois : “les Africains (sous-entendu noirs) sont plus sympa que les Arabes (sous-entendu les Marocains)”. Ce clivage est aberrant. Il traduit, en tout état de cause, un racisme culturel (plutôt que biologique) qui se bâtit, comme toujours, sur un sol d’ignorance, avec, en supplément, l’emploi de termes erronés. Mais sans aller jusqu’à de telles inepties, nous sommes forcés de reconnaître que lorsque nous disons “la musique africaine”, “un voyage en Afrique”, “l’Afrique traditionnelle”, nous usons d’un concept qui est en même temps réducteur (où sont passés Maghreb et Mashrek ?) et englobant, vague et beaucoup trop vaste (ce qu’on appelle aussi l’Afrique noire est aussi riche d’identités variées qui sont gommées d’un seul mot). Nous commettons nombreux cette erreur quotidienne.
 

NE PAS S’ARRETER EN CHEMIN
 
Il faudrait continuer les analyses de l’emploi de termes comme Noir, Blanc, nègre (péjoratif quand c’est un substantif, bien reçu quand il est adjectif : le mot a une longue histoire), l’euphémisme de couleur (heureusement tombé en désuétude), métis, mulâtre, quarteron, etc.
Il faut disqualifier le mot race, questionner encore tribu et ethnie. Il y a aussi le lexique des sociologues et celui des politiciens : assimiler, intégrer, tolérance, droit à la différence (celle des hamburgers machos ?)(8).
Et puis il y a les pronoms personnels, eux, ils, nous. Et les articles, les et des. Ces articles minuscules sont en fait des signes majeurs. Définis, ils généralisent : “les Machinchose sont comme ça…”. Indéfinis, ils nuancent ou, du moins, relativisent : “des Machintruc sont comme ci…”. C’est déjà fermer une porte à l’éternelle tentation de renforcer des stéréotypes anciens ou d’en forger de nouveaux.
Un autre point à mettre en évidence, c’est celui de la nécessité d’une vraie symétrie dans l’usage des catégories. Puisqu’on est bien forcé de recourir aux mots existants, pour parler de nos semblables et les caractériser en évoquant des différences, trop souvent hypertrophiées, au moins que ce ne soit pas dans des phrases du genre : “il y avait ce soir là un Noir, un Belge, un Asiatique”. Et pourquoi se borner à dire : “elle est d’origine congolaise” quand elle a aussi un père ou une mère issu(e) de la Belgique ou de la France profonde ? Le minimum requis, c’est un peu de logique. Le respect commence là aussi.
 CONCLURE ?
 Pour conclure, provisoirement, en sachant que certaines de ces remarques sont trop rapides et incomplètes, on peut supposer que le lecteur se demande, à bout de souffle : finalement, ne faut-il plus parler ? Puisque le langage est miné, devons-nous vivre dans la peur de lâcher une énormité ? Non, mais il vaut mieux rester attentifs non seulement devant l’injure mais aussi devant le lapsus trop répété ou le compliment maladroit. Le langage trébuche et s’altère quand il prétend nommer les Autres. Il reflète l’idéologie et il la fabrique aussi. Peut-être n’est-il qu’idéologie ?
C’est pourquoi notre attention a des raisons d’être pointue. Non pas l’attention d’un prof sourcilleux, toujours en train de chercher la faute, la petite bête, mais bien celle d’humains qui se veulent lucides et n’acceptent pas de prendre des vessies pour des lanternes. Les vessies trompeuses des mots du voisin — et celles de nos propres mots —, il est toujours aussi vital de chercher à les dégonfler.
 
Jean-Pierre Jacquemin
 
 

 



  

 (1) dans le cas des injures sexistes, il faut sans doute nuancer : “cette greluche” et même “cette conne” n’ont pas vraiment la même charge que “toutes les femmes sont des…” (sauf, bien entendu, maman !). Mais  il demeure qu’insulter l’autre sexe, en raison de la différence, témoigne évidemment d’une identité mal vécue. Quant à la stigmatisation de préférences sexuelles (réelles ou présumées) au moyen de formules  courantes du type “(sale) gouine”, “(sale) pédé”, son intention et son contenu de mépris et de rejet collectifs ne sont plus à démontrer.
(2) mais il y a aussi, ailleurs, “son of a bitch”, “motherfucker”, “...mama na yo”, “uragasweranyoko”, “filho da mae”, etc. : l’insulte à l’amour filial et l’accusation d’inceste semblent vraiment universelles !
(3) le destin de ce mot sénégalais est particulièrement significatif : le radical nul, en wolof, d’où dérive, dit-on, “bougnoul”, désigne la couleur noire, sans connotation péjorative. Par quels étranges chemins en est-il arrivé à englober, d’une même bave insultante, l’ensemble des Africains ? Par la filière coloniale, sans doute, l’argot des troupes de garnison…
(4) péjoration de l’Asiatique, étalée dans Buck Danny, classique de de la BD belge
(5) les clochards des SDF, les ivrognes des dipsomanes, etc., etc.  

Libre à vous de continuer le jeu : les jargons administratifs et journalistiques pondent sans cesse de nouvelles formules !

(6) Dans plusieurs pays d’Afrique noire, certains de ces migrants de luxe appellent les habitants les locaux ! Pendant ce temps, leurs cousins touristes “font” non seulement la Grèce ou l’Espagne mais “font” aussi l’Inde ou le Sénégal, comme les bâtisseurs d’empires d’antan !
(7) type européen : de quoi s’agit-il ? type français ? allemand ? grec ? portugais ? serbo-croate ? bénélux ? Ne serait-ce pas un autre euphémisme pour éviter de dire blanc, ou bien encore caucasien comme cela se fait toujours aux Etats-Unis ?
(8) Melvin van Peebles, cinéaste noir américain, a, paraît-il, quelque part, réclamé le “droit à l’indifférence”. On ne peut qu’être d’accord, tant certaines formules ont été vidées de leur sens, à force d’être galvaudées.

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