UNE CHRONIQUE DE FLORENT COUAO-ZOTTI

00-zotti-1.jpgL’écrivain béninois, Florent Couao Zotti, visiteur assidu de ce blog, m’a envoyé cette chronique que je vous invite à partager. J’espère que d’autres chroniques de Florent viendront enrichir le blog. Depuis que son compatriote Roger Gbegnonvi a ouvert son propre blog, j’étais à la recherche d’une autre signature du Bénin…

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00-zotti-1.jpgBONI YAYI OU COMMENT VIRER SES MINISTRES A LA MOINDRE FAUTE(F.C.Z)

L’écrivain béninois, Florent Couao Zotti, visiteur assidu de ce blog, m’a envoyé cette chronique que je vous invite à partager. J’espère que d’autres chroniques de Florent viendront enrichir le blog. Depuis que son compatriote Roger Gbegnonvi a ouvert son propre blog, j’étais à la recherche d’une autre signature du Bénin, j’espère que Florent acceptera la proposition, en attendant que Zik démarre la sienne de chronique par le reportage sur Pierre Akendengue que nous lui avons imposé, gentiment! (K.A)

Depuis que ses compatriotes l’ont plébiscité à la tête de l’Etat, le président du Bénin, le Dr Boni Yayi, expérimente une méthode de gestion singulière. Une méthode qui emprunte à la fois à l’exigence du banquier, à l’autorité du chef et surtout au châtiment du maître fouettard. Il est vrai que les Béninois, sensibles à son slogan de campagne et échaudés par les errements de Kérékou et sa clique, l’ont préféré à la classe politique et lui ont demandé ce qui, ici s’apparente presque à une doctrine : le changement. Un changement que lui-même a décliné en anaphore sur ses affiches de propagande : « Ça va changer. Ça peut changer. Ça doit changer ».

yayiboni120607.jpgPremier signe du changement : la formation du gouvernement. Aucune personnalité issue des crottes de l’ancien régime, aucun poil du système kérékouiste. Toute la cliquaille aux dents carnassières, versatile quand change le vent, a beau clamer son appartenance au nouveau maître, aucune écharpe ne leur fut lancée.

Deuxième chantier : l’impunité offerte, pendant longtemps, aux criminels économiques. Boni Yayi ne s’est pas embarrassé de diplomatie pour traquer et mettre à l’ombre personnalités et anciens ministres convaincus de mauvaise gestion à la tête des entreprises d’Etat ou des institutions. Le premier à en faire les frais, c’est l’homme d’affaire le plus puissant du Bénin, chef du parti dont, d’ailleurs, le secrétaire général est le président de l’assemblée nationale. Malgré son appartenance à la nouvelle majorité présidentielle, malgré qu’il a appelé à voter pour lui au deuxième tour des élections, le richissime homme d’affaires a été priée, sous escorte, d’aller faire ses comptes en taule. Pour des malversations liées à la gestion d’une entreprise semi-publique dans laquelle il possède la plus grande part d’actions.

On ne s’est pas encore remis de nos émotions quand d’autres mandats d’arrêts furent lancés contre d’ex-ministres du gouvernement défunt. Avec effet immédiat. Ministre des finances, ministre des enseignements professionnels. Avec la bénédiction appuyée du parlement. Puisque, pour être mis en accusation, les anciens ministres – ou ministres en fonction – qui sont présumés coupables de friponneries, doivent d’abord faire l’objet d’une requête de la part de l’assemblée nationale.

Mais ce qui est spectaculaire, c’est la sévérité avec laquelle le chef de l’Etat traite ses propres collaborateurs : en l’espace de sept mois de pouvoir, il vient de changer trois ministres. La première – parce que c’est une dame – montrait, parait-il, trop d’indépendance. Le deuxième, pour incompétence. Le troisième, pour mauvais résultat.

De la même façon, les cadres de l’administration sont régulièrement interpellés. Tel directeur d’un service dont on attend des performances révèle son incompétence ? La sanction est sans appel. Tel responsable à la tête d’une entreprise d’Etat se fourvoie ? La dégringolade est immédiate. De sorte que, où qu’il se trouve, les hauts fonctionnaires de l’Etat commencent sérieusement à en perdre le sommeil.

Je comprends que, dans un pays où les ministres, pendant longtemps, ont été des vaches sacrées, dans un pays où être ministre ou directeur de société d’Etat est un gage de paresse notoire, je comprends qu’une telle manière de gérer les affaires publiques dérange. Une question d’ores et déjà me turlupine : la cohérence de l’équipe gouvernementale dont l’action doit converger vers le même objectif ne s’en trouverait-elle pas perturbée ? Les collaborateurs de Yayi ne perdront pas plus de temps à lui faire plaisir plutôt que de viser des actions justes pour le développement du pays ? Que peut-on attendre d’un cadre qui est sous pression et qui a peur de perdre sa place ?

Pour le moment, le peuple observe. Les hommes politiques se grattent la tête. Et être ministre aujourd’hui ne signifie pas grand-chose. Sinon que d’être giflable, révocable et fusible à tout moment.

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