L’éducation des doués et le développement des Talents

imagesurdoué.jpgUne rencontre de formation suivie d’un symposium sur l’éducation des doués et le développement des talents a rassemblé du 16 au 21 mai 2008 à Iowa City aux Etats-unis, 50 éducateurs, enseignants de tous les nivaux et leaders de communautés venus de 47 pays dont le Togo…

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imagesurdoué.jpgL’éducation des doués et le développement des Talents
 
Par Adama Alemdjrodo
 

 Des humains similaires à vous et moi ont vécu sur notre terre il y a de cela des milliers d’années. A quoi ont-ils ressemblé en réalité ? Comment ont-ils utilisé leur intelligence pour créer et transformer leur environnement ? Comment se sont-ils sentis vieillir ? Qu’ont-ils ressenti à la mort d’un proche ? Quand ont-ils commencé à enterrer leurs morts et pourquoi ? Quand ont-ils commencé à porter des vêtements ? Quand ont-ils senti le besoin de créer des outils ? Il existe heureusement des études qui apportent quelques réponses à des questions de ce genre. De même qu’il existe des hommes et femmes, des institutions qui cherchent à comprendre comment une personne dite douée vit avec ses dons et comment une telle personne peut développer ses talents et les mettre au service de la société ou tout simplement les perdre. C’est ce que fait le Belin-Blank Inetrnational Center for Gifted Education and Talent Development, qui est un centre de recherche éducationnel qui s’occupe des apprenants doués et du développement des talents à l’Université de l’Iowa.
C’est à ce propos qu’une rencontre de formation suivie d’un symposium sur l’éducation des doués et le développement des talents a rassemblé du 16 au 21 mai 2008 à Iowa City aux Etats-unis, 50 éducateurs, enseignants de tous les nivaux et leaders de communautés venus de 47 pays dont le Togo que j’ai représenté, pour partager les expériences et recevoir des enseignements d’éminents chercheurs dans ce domaine rénovateur de l’éducation.
Avant d’aller plus loin, une petite précision est nécessaire quant à la terminologie utilisée dans cette réflexion. Il sera indifféremment question d’enfant doué ou d’enfant surdoué, les deux termes qualifiant un enfant ou adolescent doté de capacités académiques plus ou moins au-dessus de la normale.
Peut-être que vous avez été un enfant doué quand vous étiez sur les bancs. Ou peut-être votre voisin ou camarade de classe l’était. Vous avez une nièce, un fils, la fille d’un ami etc. qui est douée. Qu’auriez-vous souhaité pour elle ? Si elle avait la possibilité d’apprendre beaucoup plus de choses comme elle en exprime le besoin, en participant à un cours d’accélération, lui auriez-vous refusé cela ? Auriez-vous dit « Cela met trop la pression à la petite, elle n’a que huit ans. Laissez-la vivre » ? Auriez-vous clamé haut que le fait de la faire rentrer au collège assez tôt serait mauvais pour elle malgré son intelligence (ses dons) et la laisseriez-vous suivre le même rythme que les autres, rythme qui à tout point de vue la ralentit ? En tant qu’enseignant, vous avez peut-être eu dans votre classe un de ces enfants brillants et vous n’étiez pas préparé à cela. Du coup vous ignorez si vous devez remettre le cours à son niveau et « pénaliser » les autres, ou donner des exercices qui lui font prendre la totalité des points et vous sentir en compétition avec ce garnement, ou en émerveillement devant ses extraordinaires capacités.
Les personnes douées existent partout. Et une éducation de doués n’est nullement élitiste comme beaucoup le pense malheureusement. En effet, beaucoup n’hésitent pas à exprimer de la désapprobation pour une telle éducation, y compris quelques responsables d’école et enseignants qui trouvent qu’il existe comme une sorte d’apartheid,  privilégiant la classe aisée et excluant une éducation dite « normale ». Mais il n’en est rien. Ceci fait partie des nombreux mythes liés à l’éducation des doués. Il devient beaucoup plus facile de l’assimiler si elle est plutôt perçue comme une manière de respecter l’individualité de chaque enfant. « Les enfants et adolescents qui accomplissent des choses extraordinaires sont fascinants » a déclaré Dr. Nicholas Colangelo, PhD, directeur du Belin-Blank Center lors d’une interview publiée dans le Roeper Review en 2008. Et les apprenants exceptionnels ne viennent pas forcément de milieux aisés.
Certains pensent que le principe même de l’égalité des enfants en milieu scolaire n’est pas respecté quand on parle d’une éducation de doués. Il existe bien pour les enfants à faible performance, des programmes spéciaux destinés à relever leur niveau scolaire. Pourquoi serait-on contre des cours spécialisés pour les enfants doués, vu que ces derniers ont autant besoin que les autres de programmes qui répondent à leurs attentes ? Car il s’agit bien de besoins et non pas de créer une différence entre les apprenants.
D’autres diront que ces enfants sont socialement et émotionnellement instables. Admettons que cette affirmation soit vraie, même si ce n’est pas toujours le cas. Il existe des personnes dans nos entourages qui sont loin d’être douées et qui pourtant ne sont pas moins instables socio émotionnellement. Le profile de l’enfant doué n’est pas unique. Les chercheurs George T. Betts & Maureen Neihart, après de longues années d’observations, d’interviews et de lectures en sont arrivés à dégager six types. Du type 1, le brillant (The successful) qui rassemble 90% des enfants doués, en passant par un type 2 dit provocateur (The challenging), puis le types 3 discret (The underground), le type 4 qui abandonne l’école (The dropout), le type 5 : le doublement étiqueté (double-labeled) jusqu’au type 6 de l’apprenant autonome (Autonomous learner), ils ont tous des caractéristiques qu’il est important aussi bien pour chaque parent que pour chaque enseignant de connaître afin d’être préparé pour mieux aider ces apprenants exceptionnels dans leurs besoins intellectuels, émotionnels et sociaux (Un développement plus claire de ces différents types feront l’objet d’un autre article prochainement)
Ailleurs, pour ces enfants il existe différentes méthodes d’accélération (dix huit en tout) pour les aider dans leurs besoins d’excellence : Avancement de classe, accès à l’école très tôt, placement avancée (Advanced Placement courses) etc.
Mais il est important de rappeler ce que signifie l’accélération. Elle ne signifie pas pousser un enfant, le forcer à prendre des cours avancés, ou le mettre en lien avec des enfants plus âgés que lui avant qu’il ne soit prêt. L’accélération veut dire, équilibrer le niveau, la complexité de la formation avec la disposition et la motivation de l’enfant. C’est pour cela que les institutions qui pratiquent l’accélération procèdent à l’identification de ces enfants par des tests. Mais les parents et enseignants peuvent également contribuer à l’identification de leurs enfants et apprenants comme doués, et les institutions pour enfants surdoués travaillent souvent en partenariat avec eux. En effet les parents sont les premiers à savoir que leur enfant possède certaines capacités plus ou moins extraordinaires pour un enfant de son âge. Ils sont les premiers à remarquer la petite fille qui s’intéresse à ce qui est écrit sur la bouteille de shampoing de sa mère, aux livres illustrés ou non du grand frère qui fréquente déjà. Ceux sont eux qui remarquent que l’enfant a parlé beaucoup plus tôt, qu’il a vite marché par rapport à la moyenne d’âge ou qu’il aime particulièrement démonter et remonter les pièces de la voiture électrique par exemple.
Une jeune dame s’est vue récemment refusée l’inscription à la maternelle de son garçon de deux ans. La raison était qu’il n’avait pas l’âge requis pour la maternelle et qu’il serait mieux de l’inscrire en pré maternelle. Mais la maman connaît les étonnantes capacités de son enfant, ce dernier parle déjà très bien, il a une mémoire surprenante dont tout le monde témoigne en bien et il est très éveillé pour un enfant de son âge. J’ai demandé à un conseiller pédagogique ce qui pourrait se faire pour un cas pareil, mais sa réponse m’a laissé pantois : l’accélération (aussi bien la rentrée à l’école très tôt que l’avancement de classes) est interdite au Togo. Point barre.
Il serait souhaitable que les responsables de l’éducation qui interviennent à tous les niveaux de l’enseignement se penchent sur le problème des enfants doués, afin de trouver des solutions pour mieux les servir. Le plus simple serait de commencer à s’informer sur leurs besoins, car ils en ont, même si cela paraît paradoxal (l’exemple des surdoués qui ne réussissent pas à l’école l’illustre bien, le terme anglais qui les désigne est « Twice exceptional », « doublement exceptionnel ». Ce sont des enfants qui sont exceptionnels à la fois par leurs dons et par leurs difficultés à apprendre). Il faut ensuite les aider à canaliser et utiliser toute leur potentialité et à les mettre à profit. Il ne faut pas que le système continue de retenir les talents, il est temps de les aider à s’épanouir. Pourquoi ne lancerait-on pas un débat sur le sujet pour commencer ? Il aura le mérite d’aider à réfléchir sur la question. Ensuite on pourra prendre le temps de consulter les recherches qui ont déjà été faites. Le changement de mentalité viendra par la suite sans trop de difficultés. Il est possible de croire à l’excellence.
 

 

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