Je devrais me reposer…

Bruce Clarke. Férocité.jpgCloué à domicile (presque) par une fatigue monumentale et un accès palustre, j’ai trouvé sage de lire pour ne pas laisser mon cerveau s’endormir. Rien de plus horrible que des neurones inactifs dont les synapses foutent le camp une fois qu’on se relâche. La discipline bénédictine m’a enseigné ceci : le corps n’est rien sans la force de l’esprit, question de discipline ! Quelques revues traînaient dans ma besace…

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Bruce Clarke. Férocité.jpgCloué à domicile (presque) par une fatigue monumentale et un accès palustre, j’ai trouvé sage de lire pour ne pas laisser mon cerveau s’endormir. Rien de plus horrible que des neurones inactifs dont les synapses foutent le camp une fois qu’on se relâche. La discipline bénédictine m’a enseigné ceci : le corps n’est rien sans la force de l’esprit, question de discipline ! Quelques revues traînaient dans ma besace… Le Magazine Littéraire d’avril 2008, Le Monde des Religions de mai-juin 2008.

1. La critique littéraire française n’a plus peur de rien ni de personne, même pas de sa propre vacuité. J’hallucine devant la recension du dernier roman de Philippe Besson, Un homme accidentel (Julliard), non vraiment je ne comprends pas le papier de Vincent Huguet, payé pour lire un livre et nous faire partager sa lecture. Sur une colonne entière, le critique se livre à un exercice méchant : commenter la couverture du livre, vraiment rien que cela. Et de s’interroger sérieusement, à mi-parcours de son bavardage paresseux : « Pourquoi, alors que tout le roman se déroule sur la côte ouest des Etats-Unis, la couverture nous montre une image prise à Brighton, sur la côte est ? L’océan contemplé par cet homme n’est pas Pacifique mais Atlantique… Est-ce si grave ? » (ML, p. 21) Et de conclure : « Belle image, sans doute moins en phase avec le roman que ne l’aurait été une piscine californienne… » Pourquoi alors Vincent Huguet ne change-t-il pas de métier pour devenir éditeur ou critique des beaux-arts ? L’éditorial du Magazine Littéraire nous promettait pourtant un changement, enfin, avec cette phrase de son rédac-chef, Joseph Macé-Scaron : « Ce qui menace la littérature, aujourd’hui, ce n’est pas le silence du désert total, mais la volubilité exubérante » (p. 3). Exactement cqfd !

2. Dans le même numéro du ML, la romancière camerounaise Léonora Miano inaugure l’exercice d’admiration que le magazine confiera désormais chaque mois à un auteur pour rendre hommage à un auteur qui l’a marqué. Miano choisit Toni Morrison, et recommande la lecture de deux de ses romans, Sula et Beloved… J’aurais rajouté Jazz (qu’elle aurait dû appeler Gospel, je pense, par rapport aux scansions des phrases) et Tar baby, mais bon, on ne t’a rien demandé, K.A… L’exercice est sans complaisance, j’ai failli en recracher mon Paracétamol®. Entre consœurs on peut bien se dire quelques vérités, non ? Miano trouve Morrison « verbeuse, exagérément lyrique, inutilement complexe, comme dans un refus de brader les révélations qu’elle nous fait. » (p. 86). J’ai cru un instant qu’elle parlait d’Edouard Glissant, le « Chinois » de chez Gallimard ! Dans la traduction ou dans l’original ? Un exemple des défauts de la dame Morrison, citation à l’appui ? Non, aucun, les deux pages imparties à l’exercice sont trop courtes, vous comprenez. Puis elle poursuit, et là, la réflexion devient intéressante et problématique. « Il n’est pas surprenant que Toni Morrison, qui a connu la ségrégation raciale, écrive avant tout contre la suprématie blanche, et cherche à inverser la symbolique admise des couleurs… La suprématie blanche n’a pas cessé d’exister. Elle se traduit par aujourd’hui à travers l’idée communément admise que l’occidentalisation serait l’unique planche de salut pour les peuples du tiers-monde notamment. Pourtant, peut-être parce que je vis en France, un pays où le racisme, s’il existe, n’est pas allé jusqu’à inscrire la ségrégation raciale dans les textes de loi, il ne me vient pas à l’esprit d’écrire pour me venger de l’oppresseur. Tels des astres éteints, mon dernier roman, vise à poser la question de la couleur dans un contexte français, mais sans vouloir culpabiliser personne… Il s’agit non pas de fragmenter la France, mais de lui faire, en quelque sorte, la courte échelle, pour qu’elle se hisse à la hauteur de ses idéaux » (p. 87)

J’ai coupé dans l’argumentation de Miano, et je m’en excuse, mais l’angle d’attaque me paraît ouvrir la voie à un débat intéressant sur les questions de public. On sait au moins maintenant pour qui Miano a écrit Tels des astres éteints et pour quels objectifs ! Qui adit que la littérature africaine n’était plus engagée dans les grands idéaux !

3. Bon, je fatigue, je devrais aller me coucher. Surtout après ce que je viens de lire dans Le Monde des Religions, sous la plume d’Alphonse Tiérou. « Un masque africain n’est pas une œuvre d’art. » (p. 56). L’article s’intitule Visage de masque, et est consacré à une présentation de la statuaire Wêon (Côte d’Ivoire). Franchement, je croyais que plus personne ne tenait ces genres de discours parmi les chercheurs africains, depuis les travaux de Mveng, Mbembe ou Soyinka, même en se référant simplement à la notion de « champ » développé dans la sociologie de Bourdieu. Tiérou, Tiérou ! Si j’avais été un moine Shaolin, je t’aurais défié à porter un masque Egungun, le masque des revenants dans la mythologie Yoruba, et danser jusqu’à épuisement, non mais grand-frère, arrête tes nègreries !

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