Vérité évolutive de l’oracle FÁ et de toutes divinités (Par Roger Gbégnonvi)

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En 1936, dans l’introduction à son ouvrage référence La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, Bernard Maupoil écrit : ‘‘L’ensemble de croyances et de sentiments sur lequel s’élève Fa subit, depuis l’occupation européenne, une considérable évolution.’’ Est-ce possible quand FÁ est la divinité vouée à dire la vérité (Fá ɖɔ̀ nùgbó) et que la vérité se doit de rester stable ? Or l’observation de nos us et coutumes sur une durée de 60 ans révèle que FÁ soumet volontiers sa vérité à nos évolutions politique, économique et démographique.
1er exemple. On consultait FÁ pour connaître le nouveau chef de la collectivité familiale. Il arrivait que la divinité jette son dévolu sur un pauvre paysan. La houe remisée, l’heureux élu recevait l’allégeance de tous. Pour se financer, financer les rites et venir en aide aux démunis, il disposait des palmeraies et des cocoteraies de la collectivité familiale, qu’il faisait exploiter à bon escient. Mais entretemps, on a procréé beaucoup, et la pauvreté s’est accrue. On a morcelé les terres, on les a distribuées aux ayant-droit, on a dépossédé la collectivité. Aujourd’hui encore on consulte FÁ pour connaître le successeur du chef défunt. Mais la divinité prend soin de jeter son dévolu sur un homme qui a beaucoup de biens personnels. Il arrive donc que des élus, radins, refusent leur choix, et qu’on passe toute une décennie à rechercher l’oiseau devenu rare. Attentif à la situation nouvelle, l’oracle divin ne porte plus des gens pauvres à la tête des collectivités. FÁ dit la vérité de l’instant présent.
2ème exemple. On n’enterre pas un parent défunt sans consulter FÁ sur les raisons de sa mort et sur la bonne organisation de ses obsèques. Depuis quelque temps, contaminé lui aussi par le consumérisme et le m’as-tu-vu, FÁ révèle invariablement que le défunt exige que l’on fasse manger et boire abondamment les gens venus l’accompagner. Mais parfois désormais, une voix s’élève pour faire observer au devin officiant : ‘‘C’est bien dit. Mais où prendrons-nous ce qu’il faut pour festoyer ? En partant, il n’a rien laissé.’’ Non pas que l’on conteste le dire de FÁ, mais on voudrait que l’oracle divin fût aussi raisonnable qu’il l’est désormais pour la désignation des chefs de collectivité, compte tenu de la pénurie ambiante.
Et l’on dirait d’ailleurs que les ‘‘métamorphoses étranges’’ entrevues par Maupoil sur la route de FÁ en 1936 s’observent aujourd’hui sur la route du Dieu de Jésus-Christ à cause d’une situation économique morose sur fond de démographie et de chômage en hausse. On disparaît trois à six mois au Nigeria, et l’on réapparaît au Bénin, pasteur ou prophète d’une Église évangélique, nanti des mots propres à faire prospérer les quêtes et pâlir d’envie les prêtres et pasteurs des Églises établies. A propos de celles-ci, sans aucune arrière-pensée vénale, mais sur la seule base de leurs bonnes habitudes d’antan, certains catholiques béninois romains ont très mal aux vérités évolutives de Vatican II. Ils rongent leur frein en priant pour qu’advienne le bon Pape qui refera du latin la seule langue de Dieu. De même ils résistent, de toute leur foi, à ceux des leurs qui, voici dix ans, ont inversé le dogme fondateur de Dieu-fait-homme, inversion qui a recueilli l’adhésion de milliers de Béninois. Ô Seigneur !
A peine conscient qu’il fait évoluer la vérité de FÁ et de toutes divinités, l’homme ne s’avoue pas encore qu’il les a créées. Il se l’avouera. Alors la question ne sera plus : ‘‘Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?’’ (Luc, 18/8), mais quelle foi il trouvera. Une foi raisonnée, barrière à la désespérance. Car tu n’imposeras plus à personne la vérité de la divinité que tu as créée dans ton petit champ clos, hors du tout-monde. Ce ne sera pas encore toute la réconciliation, mais la première vraie sortie des déroutes pour enfin faire route vers la grande consolation, au bout des siècles de chaîne, camp, épuration, cendre, fosse commune, enfilés pour l’amour d’une vérité baptisée ‘‘Dieu sanglant’’.

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