Charleston: pire qu’une danse, la folie humaine à l’oeuvre

une-rose-pour-emilyLe désarroi du premier président noir des Etats-Unis d’Amérique face à la caméra. Charleston, South Carolina: un jeune blanc de 21 ans abat au pistolet neuf fidèles noirs à l’intérieur d’une des églises les plus emblématiques du passé esclavagiste de cette terre furieuse où le Klu Klux Klan possède encore des tentacules. Et m’obsède cette phrase lue il y a de cela plusieurs années dans une biographie consacrée à Chester Himes, je cite de mémoire: « Trouvez-moi un seul pays au monde où le noir n’est pas méprisé ». En fait, le même Chester Himes pensait et noirs et blancs piégés dans la violence, et capables chacun à son niveau du pire. Il y a un paradoxe racial propre à l’Amérique que ses plus grands auteurs ont relevé dans d’excellents romans: Himes, mais aussi Baldwin, Philip Roth, et bien sûr Richard Wright, Faulkner, Toni Morrisson, Percival Everett, et j’en passe. Blancs et noirs en Amérique semblent se demander pourquoi ils se sont retrouvés à vivre sur le même territoire! Comment l’un et l’autre se sont retrouvés là, ils le savent; mais pourquoi continuent-ils à vivre ensemble semble être le problème le plus métaphysique qui obsède jusqu’à la folie tous les tueurs de noirs en Amérique! Je me souviendrai toujours de la question qui revenait dans les conversations avec les amis américains, durant les six années de ma vie passées aux United States of America, que ce soit dans l’Iowa, au Nebraska, à Chicago ou au Wisconsin: « Kangni, que fais-tu ici, quand repars-tu en Afrique? » La présence pour l’éternité du Noir sur la terre coloniale américaine est la chose la moins acceptée!

Les tueries dans les églises ne sont pas propres à l’Amérique, néanmoins on relèvera que les tueries de Noirs dans les temples de Dieu relèvent d’une vison à la fois raciale et apostatique, le Noir religieux apparaissant détestable à double titre, comme Noir célébrant ce Dieu (une religion) que rejette le criminel,  et surtout comme minorité dérangeante, surtout lorsqu’elle se pique de leadership moral et politique: le tueur de Charleston a d’abord tué le pasteur, également sénateur de son état. Le racisme du blanc pauvre et méchant du Sud est un cocktail bien décrit par les romanciers du Sud des Etats-Unis, c’est celui-là même qui a été à l’origine de l’assassinat d’un autre pasteur, Martin Luther King. Le crime racial relève de la sociologie, mais la sociologie n’a jamais aidé à combattre le racisme. On reprochait à Faulkner de décrire les manifestations du racisme sans jamais prendre position, peut-être savait-il lui écrivain qui venait du sud, que cette affaire-là, au final, est sans issue. Dans son recueil de nouvelles que je vous recommande, Une rose pour Emily et autres nouvelles, le noir est fils de l’enfer et la justice désespérément blanche. Désespérant vraiment!

One thought on “Charleston: pire qu’une danse, la folie humaine à l’oeuvre”

  1. Une affaire sans issue? Une affaire bien dense et triste, en tout cas. Oui, c’est dit, on n’est pas encore sorti de l’auberge!
    « Kangni, que fais-tu ici, quand repars-tu en Afrique? » C’est amusant – quoique – de lire cette question que l’on vous posez sans cesse aux États-Unis… Cela me renvoi à tous ceux qui veulent se rapprocher de leurs racines (ou vivre autrement), mais qui sont majoritairement incompris et donc bien maladroitement accueillis, voire « raccompagnés », tôt ou tard, vers la sortie.

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