SOPHIE EKOUE : DE « CAHIER NOMADE A « LA VIE EN VRAIE »

rêne12.jpgRadio France Internationale – plus connue sous le sigle de RFI – a rendu publique, voici deux mois, sa nouvelle grille de programmes. Comme la tradition l’impose, de nouvelles émissions sont nées, de nouvelles voix ont fait leurs entrées, d’anciens programmes ont été supprimés. Parmi ceux-ci, « cahier nomade ».

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rêne12.jpgPar Florent Couao-Zotti

Radio France Internationale – plus connue sous le sigle de RFI – a rendu publique, voici deux mois, sa nouvelle grille de programmes. Comme la tradition l’impose, de nouvelles émissions sont nées, de nouvelles voix ont fait leurs entrées, d’anciens programmes ont été supprimés. Parmi ceux-ci, « cahier nomade ». Une émission produite par Didier Bleue avec Zohra Sotty et l’animatrice principale Sophie Ekoué. Je pensais que ce magazine avait connu une nouvelle configuration, que son producteur ou ses animatrices l’avaient reprofilé. Ou même qu’il avait été remplacé par un autre avec d’autres journalistes. Mais c’est avec surprise que je me suis rendu compte que, même en version proche ou lointaine, « cahier nomade » n’existe plus. Pour ceux qui ne le savent pas, le magazine auquel on a fini par identifier Sophie Ekoué, est une émission quotidienne de vingt minutes consacrée aux expressions culturelles de l’Afrique et de sa diaspora : cinéma, théâtre, littérature, arts plastiques, danse, photo, mode, cuisine, festivals, patrimoine, sites historiques. Toutes les sensibilités, si variées soient-elles, nous étaient données à saisir à travers des reportages, des interviews, des films sonores des différents acteurs culturels. Le magazine, au départ, s’appelait « cultures africaines ». Puis, il était devenu « la case du cœur » avant de prendre sa forme définitive avec « cahier nomade ». Je soupçonne d’ailleurs Sophie d’avoir emprunté ce nom au deuxième recueil de nouvelles de l’écrivain djiboutien, Abdourhamane Waberi intitulé justement Cahier nomade. Pendant plus de dix ans donc, le magazine a rendu compte de l’actualité des créateurs du continent. Je ne me souviens pas d’écrivains, de cinéaste, de metteur en scène, de plasticiens – principalement du monde francophone – dont les travaux n’aient pas fait l’objet de reportages dans ce programme. D’ailleurs, beaucoup d’artistes considéraient cet espace comme un passage obligé. S’il amplifiait leurs voix, il les révélait aussi au grand public. J’avoue moi-même que c’était avec beaucoup de plaisir que j’aimais suivre ce magazine et me faire interviewer par Zohra ou Sophie elle-même.

sophie_ekoue.jpgCe qui m’a toujours impressionné le plus chez cette journaliste togolaise, c’est sa passion de la littérature. Elle disposait sur les étagères de son bureau, des paquets de livres qu’elle lisait avec doigté et professionnalisme. Elle faisait attention à des détails auxquels, d’ordinaire, on ne pense pas. Des thèmes sous-jacents deviennent tout aussi importants que le sujet central. Des allusions et des correspondances littéraires insoupçonnables sont souvent établies entre les ouvrages. En même temps qu’elle vous interroge, elle vous fait redécouvrir les non-dits de votre propre œuvre. Je me rappelle aussi les commentaires qu’elle réussissait à arracher à Tirtankar Chandar (je ne suis pas sûr de l’orthographe) – journaliste d’origine indienne – les vendredis, sur les littératures des contrées lusophones, anglophones, arabophones, hispanophones, les œuvres traduites des écrivains comme André Brink, Chester Himes, Naipaul, etc. Et c’est la même chose dans les autres secteurs artistiques. Du bonheur. Que j’aimerais tant que les journalistes culturels, sous nos cieux, arrivent à nous donner à travers leurs prestations. Mais cette aventure parait relever du passé. Car, dans la nouvelle grille de programmes, Sophie s’est retrouvée avec Laurent Sadoux, dans un magazine intitulé « la vie en vraie ». Une rubrique de dix, huit ou même cinq minutes à l’intérieur d’un programme d’informations continues consacrées à l’Afrique. Entre 12 heures 30 et 13 heures 30 (GMT). Là, elle interroge des créateurs sur l’actualité de leurs activités. A l’entendre, je la sens très à l’étroit. Loin, vraiment loin de son potentiel habituel. S’il est vrai que sa passion de nous faire aimer l’Afrique des artistes est encore intacte, il me semble qu’elle est noyée dans les mille rubriques que contient cette « vie en vraie ». Est-ce parce qu’elle cherche encore ses marques ? Ou est-ce parce que « cette vie en vraie » est trop… en vrac ?

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