Remarques à propos de la littérature féminine togolaise(1)

Le dernier travail d’envergure sur la littérature féminine togolaise remonte à 1999, et a été l’oeuvre de deux universitaires togolais, Ambroise Têko-Agbo et Simon Amegbleame.  Incidemment, d’une saison à l’autre, au détour de quelque colloque, il m’est arrivé de tomber sur des communications consacrées à quelques « auteures » totalement inconnues qui ont marqué la littérature togolaise à ses débuts. C’est le cas souvent rapporté de Marthe Afewele Kwami, dont le récit « autobiographique » a été recueilli et publié par Diedrich Westermann en 1938.
Première remarque: les belles-lettres de la période coloniale allemande ont toujours relevé de la sociologie de la littérature à mon sens, et jamais de la littérature proprement dite. La sociologie compile, elle essaie de montrer un processus à l’oeuvre, tandis que la littérature proprement dite montre des pratiques constantes, des constructions d’oeuvre et d’auteur. J’ai encore en tête l’excellente remarque du Professeur Anyinefa à propos du texte pionnier de Marthe Kwami: « Le texte […] est remarquable du fait qu’il s’agit de celui d’une femme et dans lequel sont déjà posés certains des problèmes auxquels font face les femmes africaines depuis la colonisation du continent. » En clair, nous disons la même chose, à savoir qu’une certaine mentalité d’époque s’exprime à travers cette prise de parole, mais à aucun moment on ne peut considérer ce texte comme une étape importante de construction littéraire féminine togolaise. Mon point de vue serait plus détaillé, plus nuancé, lorsque j’aborderai le cas d’une auteure comme Gad Ami, qui demeure à mes yeux l’épigone du roman d’affirmation de la parole des femmes dans la littérature togolaise.

Et c’est là ma deuxième remarque: à l’origine, la littérature féminine togolaise qui a pu sembler à certains critiques comme une littérature de l’épanchement, était plutôt celle d’une affirmation, comme pour confirmer l’hypothèse que l’écrire-femme (concept emprunté à Béatrice Slama) reste au fond un projet de subversion. Étrange héritage de Gad Ami date de 1986, bien avant  Le Crime de la rue des notables de Ekué Akoua Tchotcho (1989), Mosaïques africaines de Rita Amendah (2003), Une longue histoire de Jeannette Ahonsou (2004), ou encore les textes d’Anaté Koumealo ou de Fatou Biramah, de Lauren Ekué, sur les quels je reviendrai dans les chroniques ultérieures. Etrange héritage s’adresse à un homme (« Désiré, mon bonheur était d’avoir rencontré ton père… » ), mais parle de ce qui se passe dans le cœur d’une femme passionnément amoureuse, qui ne reculera pas devant les pratiques les plus occultes pour contraindre son amant à partager sa flamme. En toute honnêteté, puisque la vie comme l’amour, dans sa vision du monde, relève d’un combat. Les péripéties de la fin de ce roman se suivent et restent logiques: l’amant meurt dans un accident de voiture, la narratrice, folle de douleur, en vient à s’attribuer la responsabilité de l’accident, tente de se suicider, échoue, et finit dans un asile psychiatrique. Gad ami demeure l’auteur d’une oeuvre unique, néanmoins suffisamment ouverte à une analyse diversifiée. La prise de parole féminine dans ce roman sentimental est nue, sans fard aucun. La même caractéristique que l’on retrouvera chez des auteurs comme Ahonsou, Biramah et Lauren Ekué. (A suivre…)

 

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