Salim Bachi:portrait du Prophète en guerrier

salimmahometLa solitude de l’élu face à la parole de Dieu. L’obsession d’un Arabe à fonder une religion qui rehausse sa race au rang de celles qui comptent. L’amour des femmes. Et la guerre comme méthode de conversion, tout Mahomet est là, dans ce portrait subtil que l’écrivain algérien, Salim Bachi, en a dressé dans Le silence de Mahomet, son roman paru en 2008 aux Editions Gallimard.

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salimmahometŒuvre de fiction, certes, mais œuvre de sensibilité. Le Prophète est décrit par ses épouses Khadidja et Aïcha, ses compagnons et rivaux Abou Bakr et Khalid Ibn Al-Wahid. Le quatuor narratif apporte des nuances au portrait au fur et à mesure que le roman avance. On découvre un homme tourmenté par Dieu. Khadidja : « Que Dieu me pardonne ces mots qui sans cesse vont et viennent dans ma tête. Mohammad pense être fou. J’ai beau lui dire qu’il n’en est rien, il persiste et me demande de l’envelopper dans un caban. Il a froid. Depuis son retour, sans cesse il tremble et claque des dents puis s’endort le front moite ; il se réveille brusquement et me parle : dans la nuit, ou était-ce à l’aube, dans la grotte, ou sur le chemin du retour, le ciel s’est fendu de tout son long, me précise-t-il. Il faisait jour, et l’Ange est venu, de toute sa hauteur… »
Il y a dans ces mots tout le mystère de la vocation du Prophète. Comment être soi et appartenir en même temps à une force qui vous enseigne de conduire un peuple vers elle ? Surtout quand ce peuple a déjà ses coutumes bien établies ? Le roman de Salim Bachi n’est pas une biographie du Prophète, je l’aurais délaissé bien vite. Il me séduit par la peinture des haines et jalousies bien humaines autour du sujet Mohammad, homme de peu qui prend de l’étoffe en devenant (ou se proclamant, que Dieu me pardonne)) le messager du Dieu dont il rêve pour les tribus arabes superstitieuses et fétichistes. Toute l’opposition d’un Khalid Ibn Al-Wahid se comprend à la lumière de ces conflits d’intérêts, Khalid qui finira, de façon spectaculaire par rejoindre son ennemi juré.
On rit parfois de l’incrédulité des proches du Prophètes. Exemple, quand Aïcha s’interroge sur l’opportunité de certaines révélations divines chaque fois que Mahomet tombe sous le charme d’une nouvelle femme. Aïcha : « Un jour, alors que Mohammad me récitait les versets qui l’autorisaient à prendre pour épouses les femmes qui se donnaient à lui, je lui répondis avec toute la fougue de la jeunesse :
– Ton Dieu, à ce que je vois, s’empresse de satisfaire tous tes désirs.
Il se contenta de rire, ce qui me mit au comble de la colère. »

Ah, le Prophète et les femmes ! Les posséder est signe absolu de pouvoir.

D’où : « Vous ne devez pas offenser le Prophète de Dieu, ni jamais vous marier avec ses anciennes épouses, ce serait de votre part, une énormité devant Dieu. »

J’aime ce Mahomet-là, guerrier en tout, passionné jusque dans le sommeil éternel.

Salim Bachi, Le silence de Mahomet, Gallimard, 2008, 20 €.
Son Blog : http://cyrtha.canalblog.com/

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