Portrait de l’ambassadeur en artiste polyvalent

20151117_105054Il y a des gestes qui ne trompent pas. Quand nous sommes montés ce lundi 16 novembre dans la voiture qui allait nous nous conduire à Atakpamé, Pagala et ensuite Kara, j’ai tombé ma veste et tenté de l’accrocher en vain; fatalement, j’ai préféré la poser derrière moi, étalée sur une valise. Délicatement, il a repris l’habit, comme un moine habitué à soigner les tissus, puis l’a redisposé autrement, pour qu’il ne se froisse pas. L’habit fait l’homme, toujours!1. Deux heures plus tard, Atakpamé. Premier arrêt de notre périple. Le diplomate doit signer, avec les délégations spéciales d’Atakpamé et de Dapaong, une convention de financement du projet eau et assainissement au Togo, dans le cadre du 11e FED. Le ministre de la Planification nous rejoint, pour une cérémonie ponctuée d’intermèdes de théâtre didactique, par la troupe « Les Ambassadeurs de Vie ». Ceux-ci, pour nous encourager à économiser le précieux liquide, se lancent dans une diatribe contre ceux qui ont l’inconscience de gaspiller des litres d’eau à arroser leurs pelouses. Car, oui, déverser de l’eau dans les gazons, alors que des gens en feraient un autre usage, est proprement un scandale. Malaise dans la salle. Le ministre alors, dans une pirouette que j’apprécie, entreprend de mettre tout le monde d’accord: et si tout comme les hommes, la nature domestiquée avait elle aussi besoin d’eau? Ne négligeons pas nos pelouses, elles font partie justement de cet écosystème pour lequel l’eau est d’une nécessité vitale. Plus tard, j’imputerai la maladresse des comédiens à ce que j’appelle l’absence de la culture des fleurs chez les Africains, à la différence de ce qu’on trouve par exemple chez les Tahitiens. Non, me rétorquera le diplomate, qui propose une autre explication: l’exubérance de la nature sous nos cieux induirait chez certains ce sentiment que le gazon n’a plus besoin d’être arrosé! Je prends acte.

2. Trois heures plus tard, nous étions dans la carrière de marbre de Pagala, exploitée par la société Pomar. Le diplomate est à l’aise. Un des hommes qui nous reçoit s’exprime en espagnol, langue maternelle du diplomate. D’ailleurs, cette visite est plus affective que professionnelle. Il y a l’envie de connaître les problèmes de la société espagnole, nouvellement implantée au Togo, et la volonté d’aider, peut-être. Je regarde ces gisements de calcaire métamorphique, et je me demande si dans la région, par le passé, des populations avaient quelque usage du marbre. Dans l’histoire de cette roche, on apprend que le marbre a été utilisé expérimentalement au XIXe siècle pour la conservation de la viande. Et, aujourd’hui encore, et cela depuis des siècles, à Colonnata, les vasques de marbre blanc servent à la maturation du lard. Le marbre de Pagala est une marque déposée connue en Italie et en Chine, utilisé dans le bâtiment. Mi-professionnel, mi amical le diplomate nous traduira l’essentiel de sa conversation dans la langue de Unamuno. Et toujours le pli garder, malgré la chaleur, l’humidité!

3. A la fin de la journée, Kara nous attendait. Le lendemain, dans l’amphithéâtre de l’université, le diplomate présentait aux étudiants attentifs toutes les subtilités de la procédure d’accès à la bourse Erasmus. Une aubaine pour nos étudiants, dont ils devraient se saisir. Plus tard, en compagnie de Koffivi Assem, la rencontre a pris un tour littéraire autour de la présentation de la Bande Dessinée Mythes et légendes africains et de mon roman La légende de l’assassin (roman dont le prix de vente a été fortement subventionné par la Délégation de l’Union Européenne). Je retiendrai de cette journée deux moments: primo, les échanges passionnantes avec les enseignants de droit, dont le Professeur Kpodar, lequel a retrouvé, affirma-t-il lui-même, grâce à La légende de l’assassin, son amour de la philosophie du droit. Les juristes ont confisqué mon roman, et j’en suis le plus heureux. Secundo, la performance plus que brillante de l’humoriste connu sous le nom de Le Sénateur du Rire, lequel, à la manière à la fois d’un diplomate européen et d’un étudiant faussement naïf, nous a refait une autre présentation d’un autre programme Erasmus, droit dans son costume de velours noir. Ce sénateur-là est une perle de précision et d’improvisation; le verbe juste et plein de suspense, il a écrit devant nous l’une des plus belles pages de fiction de la journée.

Au final, me disais-je pendant que nous roulions vers Lomé, trois jours plus tard, un diplomate, quelque soit le pli du costume, est un peu comme un chef d’orchestre, un type d’artiste différent dont la polyvalence et la sensibilité demeurent les marques distinctives.

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