Plaidoyer pour un Fonds d’Aide à la Culture

biens.jpgLundi 24 et mardi 25 Août 2009, deux ateliers vont s’ouvrir au Centre Régional d’Action Culturelle (CRAC) de Lomé. Ils seront entièrement consacrés à une réflexion préparatoire à l’élaboration, la rédaction d’une Politique Culturelle chargée de fournir un cadre juridique aux actions à poser en faveur de la culture au Togo. L’événement arrive moins d’une semaine après la triste nouvelle de la fermeture de l’école de théâtre E-Stal du dramaturge Rodrigue Norman, pour faute de soutien, d’appui, de subventions… Un article paru ce vendredi 21 Août dans le journal L’Union revient sur l’aventure malheureuse de Norman et fait un vibrant plaidoyer pour un effort en faveur de la culture au Togo, même s’il faille mettre un bémol à l’incurie présumée des conseillers culturels au Togo ; il y en a qui font leur travail, depuis des années, consciencieusement, dans l’indifférence générale des décideurs. Pour eux, je plaide l’indulgence. Qui vivra saura ! (K.A).

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biens.jpgLe 16 Août 2009, s’est produit à l’Espace Filbleu sur la route d’Adidogomé, un événement qui restera désormais gravé dans le cœur des entrepreneurs culturels togolais : après une répétition générale des comédiens de son école, le dramaturge Rodrigue Norman a annoncé la fermeture de celle-ci pour trois ans, faute de moyens, et surtout d’appui. Nous tous qui étions présents là, nous avons eu de la peine pour les comédiens et le directeur d’école, car nous savons par où il était passé avant de prendre cette décision la mort dans l’âme. Il en va ainsi des projets culturels au Togo depuis des lustres, ils naissent dans l’enthousiasme et meurent dans l’amertume. La preuve, quand Rodrigue Norman a créé son école, beaucoup d’étudiants y sont venus, mais combien y sont restés ? Beaucoup de questions qui fâchent ont vite été soulevées : le poids important des frais de scolarité, le niveau des profs qui intervenaient dans la formation, la reconnaissance et la validation des diplômes, quand on sait qu’une formation artistique doit relever au moins d’une ou deux ministères… De l’école à la troupe, la différence était minime, sans compter que la volonté du directeur de l’E-Stal se serait heurtée dès le départ à l’absence d’un appui, ne serait-ce que moral ou logistique du Ministère de la Culture. En effet, il se raconte que Rodrigue Norman aurait essuyé le refus du ministère de la Culture quant à sa demande d’installer l’école à la direction de la troupe nationale, en faisant usage de la salle de spectacle construite à l’époque de Sénouvo Agbota Zinsou, et qui ne servirait pas à grand-chose, de la même manière que le studio de l’OTODI à Cacavelli est désaffectée, alors qu’on aurait pu le transformer en une école pilote de formation des musiciens ! Ainsi va l’absence d’idées des conseillers à la Culture au Togo.
Il y a peu, les journalistes Togolais se sont vus dotés d’un fonds d’appui, de subventions. Le nombre de journaux a alors quadruplé, sans que le contenu ait fondamentalement changé. Les journaux passent au quotidien sans orientation nouvelle. Du pareil au même au changement dans la continuité.
Le même ministère qui gère la Communication est censé gérer la Culture, or celle-ci est le parent pauvre du duo. Et le chef d’orchestre du ministère semble beaucoup plus préoccupé par la Communication, à en croire les informations que je reçois pendant les discussions avec les fonctionnaires de la culture. Les hommes de culture togolais sont les vrais ambassadeurs du pays à l’étranger (King Mensah, Peter Solo, Afia Mala, Kangni Alem, Kossi Efoui, Sokey Edorh, Kossi Assou, Paul Ahyi, Alfa Ramsès…), la culture togolaise est une vitrine sûre et un creuset pacifique, là où la querelle politique a pris racine, détruisant la créativité populaire au profit de slogans vides. La galère des artistes, leur chômage chronique, leur manque de formation pourrait même être évoqué dans le Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) récemment concoctée par le Premier Ministre togolais. Soit dit en passant, il est tout de même étonnant que des experts concoctent ce DSRP sans penser à y inclure la culture. Et pourtant, former des artistes fait partie du programme de réduction de la pauvreté. Certains acteurs culturels approchés insistent même sur l’idée que si la culture était un chantier présidentiel pour les élections à venir, la mentalité des Togolais pourrait radicalement se transformer : faire entrer les arts à l’école, aider les projets culturels dans un cadre juridique bien défini pour éviter la mendicité dégradante des artistes, etc !
En 2010, le Togo aura atteint ses cinquante années d’existence, année de la maturité ? Gageons que cette date sera un tournant capital, qui verra la naissance d’une politique culturelle ambitieuse et moderne et la mise sur pied d’un Fonds d’Aide à la Culture pour que les talents artistiques s’épanouissent au bénéfice de l’homme togolais. La volonté est là, nous le savons, l’application devrait être chose aisée.
Tony Feda, L’Union du vendredi 21 Août 2009

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