Mes vœux réciproques…

image001L’histoire m’a été racontée par un ami avec qui j’avais passé le réveillon de la Saint-Sylvestre. Elle est trop belle et je ne résiste pas à l’envie de vous la raconter à mon tour. Pendant les vacances de fin d’année, un paysan avait vu débarquer au bled des citadins revenus fêter en famille. Peu habitué aux usages des vœux en français, il avait pourtant retenu parmi le flot des formules utilisées une expression qui lui sonnait agréablement à l’oreille. Une fois les citadins repartis, chaque fois qu’il rencontrait un ami, il se mettait à lui serrer la main, et sans qu’on lui ait souhaité quoi que ce fût, il criait alors à son interlocuteur interloqué, et avec le sourire, la formule qui lui avait beaucoup plu: « mes vœux réciproques »! C’est dire que l’automatisme aidant, certaines formules peuvent devenir mécaniques et conduire à l’expression de sentiments inexistants. La réciprocité est un principe d’équité, certes, mais elle suppose d’abord une intention à votre égard, fût-elle bonne ou mauvaise. La réciprocité est un principe de logique, donc mathématique: une implication réciproque est une proposition renversant la prémisse et la conclusion d’une implication. La réciproque de la réciproque est alors l’implication initiale. Lorsque l’implication comporte plusieurs prémisses, l’interversion de la conclusion avec seulement une partie des prémisses est parfois aussi appelée réciproque, comme pour le théorème de Thalès où les conditions d’alignement restent en prémisse pour la réciproque. Exemple  : Implication : « S’il y a du feu alors il y a de la fumée. » Réciproque : « S’il y a de la fumée alors il y a du feu. »

Je n’ignorais pas tout cela, mais je me suis pourtant laissé surprendre le premier de l’an 2016, lorsque les badauds de mon quartier ont couru après ma voiture pour me souhaiter bruyamment, non pas des vœux réciproques (il n’y avait au départ aucune intention de ma part), mais la bonne année. Une bonne et robuste année. Lorsque je suis rentré dans le garage, la bande joyeuse qui lançait dans la rue des pétards m’a suivi en criant et en gesticulant. Mon neveu, agacé, les a alors chassés, leur refermant la porte du garage au nez. Mais ils sont restés dehors à continuer de crier leurs vœux de bonne année. Leur implication était manifeste, c’est le moins que l’on pouvait dire, la réciprocité m’était de facto imposée. Devant leur insistance, je suis alors sorti de la maison pour aller à leur rencontre. Leur serrant les mains, je leur ai souhaité à mon tour la bonne année. Mais des cris immenses leur sont sortis de leurs jeunes gosiers lorsque j’ai voulu retourner à la maison. De toute évidence, ma réciproque n’était pas à la mesure de leur implication. Pour une fois, Thalès avait tort, les conditions réelles de l’alignement de la prémisse sur la réciproque faussaient le syllogisme. Alors, comme on fait à des enfants, j’ai souhaité des vœux franchement prosaïques mais tellement sonnants et trébuchants, à tel point redondants et multiples en petites coupures que tout cela s’est terminé en applaudissements et remerciements de leur part. J’ai même eu droit à une séance improvisée de lâchage de pétards devant mon portail, pour saluer la nouvelle année. Que demander de plus!  La logique des enfants est souvent la meilleure (nous venons de démontrer cela, n’est-ce pas), et nul n’a le droit de jouer au mathématicien rigide face à l’enthousiasme et à l’innocence enfantins. Alors, chers adultes, selon ce que vous me souhaitez, je vous dis simplement: « mes vœux réciproques ».

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