Mariama Bâ ou les allées d’un destin

Mariama_BaJe ne sais s’il existe déjà une biographie de la romancière sénégalaise Mariama Bâ, lauréate du Prix Noma en 1980, auquel cas il faudrait s’y référer pour juger de la qualité de celle que nous propose Mame Coumba Ndiaye, qui se trouve être, au demeurant, la fille de la défunte Mariama Bâ. Simple hommage d’une fille à sa mère (hagiographie, biographie romancée ?) ou travail sérieux d’investigation sur la vie d’une des romancières les plus connues du continent ? Pour l’auteure elle-même, ce livre n’est ni plus ni moins qu’un « essai sur la vie de Mariama Bâ » !
Que dire de ce livre ? Son auteur y décrit l’affirmation intellectuelle, littéraire et le sens de l’engagement de Mariama Bâ pour les thèses féministes. L’essayiste rapporte les souvenirs qu’elle tient de sa mère concernant sa formation. Diplôme d’institutrice en main, Mariama Bâ devenait boursière pour poursuivre ses études au lycée Van Vollenhoven (actuel Lamine Guèye). En 1947-48, le décès de sa grand-mère maternelle et tutrice a une influence négative dans son élan. Cependant, son engagement pour l’émancipation des femmes, et le progrès social, vont lui servir de raisons pour continuer. Tout Mariama Bâ peut ainsi être résumée : une volonté farouche, un ‘’refus d’être l’objet utilisé, entretenu et rejeté, afin de s’accomplir soi-même, économiquement, et atteindre un épanouissement personnel. En elle, postule Mame Coumba Ndiaye, ‘’la majorité des femmes d’aujourd’hui se reconnaissent non essentiellement pour des raisons que l’on avance, liées aux libertés nécessaires arrachées par les femmes au cours du 20 siècle, mais pour d’autres infiniment plus simples, plus éclairées : le retour aux sources profondes des vertus universelles. Sur les remous suscités par le féminisme militant des premières « Normaliennes de l’Afrique occidentale française », l’essai reprend cette explication de la romancière elle-même : ‘’ « Comme toute nouveauté, notre promotion suscitait beaucoup de critiques malveillantes. Elles avaient ses détracteurs, ce qui était surprenant, surtout dans les rangs des intellectuels. Tout ce qui touchait à l’émancipation féminine, était perçu avec hostilité. De partout, nous étions celle qu’on montrait du doigt, accusées de perdre notre identité. On nous en voulait. Mais curieusement, tous voulaient nous posséder. » Ce « contexte fortement réactionnaire, fait de tensions multiples, entre « l’ancien et le moderne » aurait forgé la personnalité de Mariama Bâ, au point qu’elle devait, ‘’dans son style, incarner le combat des femmes. A la base de cette exemplarité, il y aurait sa foi en son destin et sa fidélité inébranlables à ses convictions. Si Mariama Bâ est connue en tant qu’institutrice chevronnée, militante convaincue des associations féminines, si elle a explosé comme auteur de grand talent, c’est avant tout en tant que mère qu’elle s’impose à nous, relativise curieusement sa fille qui replonge le lecteur dans l’univers d’une maman-poule, respectée par ses conjoints respectifs, mais aussi gaie avec ses parents et amies. On lira avec intérêt les passages où l’auteur traite de la force de caractère de sa mère. Elle retrace son parcours de combattante face aux défis de la vie ou des coups du sort. Parmi ceux-ci figurent les trois divorces qu’elle a vécus et la lutte contre la maladie qui l’a emportée alors qu’elle tenait, laborieusement, à terminer son dernier manuscrit.

Le livre de Coumba Ndiaye sur Mariama BaQue penser, vraiment de ce livre ? D’une certaine manière, les sollicitations exercées sur la famille de la romancière par des étudiants étrangers et autres chercheurs, ont poussé Mame Coumba à l’écrire. Aucune étude de ce genre n’a été jusqu’ici entreprise à son sujet, argumente-t-elle. Mame Coumba Ndiaye a surtout voulu ‘’nous dépeindre une figure sénégalaise de l’histoire du féminisme africain, dont la contribution bien spécifique dans son genre doit servir à l’édification des générations montantes afin qu’elles s’en inspirent et évaluent le crédit qu’elles peuvent en tirer ! Un angle intéressant, certes mais un peu limité. Reste que l’essai est digne d’intérêt et est appelé à être dépassé, justement, par des biographies non officielles. Sans compter que les livres de l’auteur ne sont pas étudiés du tout dans leur genèse sociale ni leur génétique de première main. On sait, en refermant cet essai, beaucoup de choses sur la dame Bâ, mais peu de choses sur son univers de créatrice. Vraiment dommage !

Référence : Mame Coumba NDIAYE, Mariama Bâ ou les allées d’un destin, Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, 2007, 258 pages.

One thought on “Mariama Bâ ou les allées d’un destin”

  1. Mme Je vous remercie tout dabord de l’intérêt que vous avez porté sur mon livre Et je me rejouis qu’après lecture, « vous savez beaucoup de chose sur la dame Ba » Un de mes objectifs a donc été atteint
    Comme je le disais dans l’avant propos, je ne suis pas autorisée, en tant que sa fille, à être la biographe de Mariama Ba Je n’ai laissé qu’un document de travail et un materiau important de l’auteure qui peuvent être utiles aux chercheurs et à tous ceux qui envisagent une étude ou une biographie de Mariama Ba

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