Ma chronique du mardi 24 février 2015

L’enfant qui recopie les livres

IMG-20150214-WA0005La scène se passe à la bibliothèque Café Curieux, dans le quartier Bè-Kpota derrière l’aéroport de Lomé. Ezéchiel, un garçon de 9 ans, chaque mercredi après-midi, arrive dans la bibliothèque.

Une fois installé à la table, il sort son cahier et choisit un livre dans le rayon album jeunesse et se met à recopier le texte du livre dans son cahier fripé. Incroyable mais vrai : la scène se répète chaque semaine. Soigneusement, il recopie les histoires auparavant lues, puis, lorsqu’il a fini, range ses affaires et dit au-revoir au personnel ! A quel point les livres peuvent fasciner un enfant, m’a demandé le directeur de la bibliothèque  qui m’a rapporté l’histoire avec une pointe d’inquiétude dans le propos ? « Il aura tout recopié avant la fin de ce mois, et nous manquons de nouveaux albums jeunesse ! Faites quelque chose pour nous ! »IMG-20150214-WA0004

A quel point les livres peuvent fasciner un enfant ? Souvenez-vous de Tété-Michel Kpomassie, l’unique best-seller togolais de tous les temps, L’Africain du Groenland (Paris, Flammarion, 1981), Michel Kpomassie est né à Atoeta, d’un père qui vit selon la tradition, et refuse de se convertir au christianisme : il a dans ses cases huit femmes, et considère les missionnaires blancs comme des sorciers. Michel a vingt-six  frères et sœurs, et a appris l’histoire de France et non l’histoire africaine pour obtenir à quatorze ans son certificat d’études. A seize ans, alors qu’il poursuivait ses études chez sa tante à Lomé, la nouvelle tombe, il doit être initié au Vodou et doit prendre une fiancée venue du village. Il se plonge dans le livre qu’il venait d’acheter à La Librairie Evangélique, Les Esquimaux du Groenland à  l’Alaska, du Dr Robert Gessain, ouvrage illustré de photos et de gravures. robertges-1378830153-68433Cette lecture fut une fulgurance, Kpomassie fasciné par ces hommes du Grand Nord, décide de fuir Lomé pour retrouver « son » peuple. Oui, ce livre a décidé de sa vie, et son livre traduit dans plus de dix langues est le récit de son long périple du Togo vers Dakar, puis de Marseille à Copenhague pour arriver enfin sur la côte ouest du Groenland et découvrir la baie de Disko et ses… femmes, non ses habitants !l-africain-du-groenland-61441 Et si c’était la même histoire qui se dessine sous une autre forme à Café Curieux ? Cette bibliothèque est un projet associatif, soutenu dès le départ par la FOKAL (Fondation Kangni Alem pour les Arts et les Lettres) qui lui a fait un don de 250 livres et deux rayonnages de rangement. A chaque fois que je la visite et je tombe sur cette jeunesse appliquée à déchiffrer le monde à travers les mots et les images, je me plais à rêver qu’un jour un enfant, un seul se souviendra des heures passées à s’instruire en ces lieux. Mais les livres manquent à cet embryon de bibliothèque, vous plairait-il de faire quelques dons de livres jeunesse à ces enfants ? Alors appelez Stan Nouloloé, le directeur de la bibliothèque Café Curieux au 90015903. Il compte sur nous. Bonne semaine à vous, lecteurs !

 

6 thoughts on “Ma chronique du mardi 24 février 2015”

  1. Une erreur de montage n’a pas permis à la chronique de ^paraître l’Union ce mardi. Il paraîtra plus tard dans le journal. Désolé!

  2. c’est touchant de voir un gamin d’un tel age aussi fasciné. je croise les doigts pour que de génereuses personnes puissent les venir en aide. bonne journée.

  3. Quelle fierté ça fait d’apprendre qu’il existe encore de ces jeunes adolescents qui s’intéressent encore à la littérature quand on sait combien on est envahi de partout par Internet et les Médias traditionnels.

    Cet appel à don mérite d’être relayé partout dans la perspective d’en faire une large diffusion.

  4. Fasciant !!! Des fois, on ne se rend pas compte des actes que nous posons et jusqu’à quel point cela peut-être bénéfique pour certains. Allons-nous attendre de voir la suite avant d’agir ? Ou allons-nous agir pour que la suite porte ses multiples fruits, même si c’est un seul fruit bien produit et « juteux ».
    Contactez-nous au: contact@acedet.com

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