Ma chronique dans L’Union n° 777 du 20 janvier 2015

ananoufeticheConnaissez-vous les classiques togolais ?
On peut définir a minima l’auteur classique comme un produit de son temps, dont les œuvres ou un seul livre a été porté au pinacle par l’éducation nationale.

Le classique est un auteur qui a été lu (en entier ou en extrait) par plusieurs générations d’écoliers ou d’étudiants.

Il a marqué les esprits, négativement ou positivement, en tout cas son nom résonne dans le temps, même si plus personne ne sait exactement à quoi pouvait bien ressembler le foutu temps qu’était le sien ! C’est ainsi qu’au Togo David Ananou et Félix Couchoro sont passés à la postérité, avec, respectivement les romans Le fils du fétiche et L’Esclave. Le premier brocarde le curieux attachement d’un peuple nouvellement christianisé à certaines pratiques liées à la religion du fétiche ; le second raconte les relations amoureuses d’un esclave domestique avec la femme de son maître, sur fond de meurtres et d’empoisonnement des témoins de ces amours compliqués. Aujourd’hui, il est difficile de trouver sur le marché togolais ces livres, sauf dans des versions photocopiées, piratées, à la librairie dite par terre. Et pour cause, depuis la disparition des éditions Akpagnon de Yves-Emmanuel Dogbé, aucun éditeur n’a encore songé à rééditer ces deux classiques. Il serait judicieux pourtant de le faire.
Tout comme on peut se demander s’il n’est pas à nouveau utile de fabriquer d’autres classiques. Je parle bel et bien de fabrication des classiques, par l’école togolaise. Enseigner les auteurs contemporains, c’est marquer le temps sensiblement, et forger des mentalités critiques et nuancées. Il existe une pensée de la littérature, n’en doutons pas une seconde, qui s’exprime à travers des personnages, les idées et images véhiculées par les histoires, les affects et autres habitus des protagonistes évoluant dans des espaces/temps connotés. C’est pour cela que l’éducation nationale a la charge de renouveler les programmes, de faire enseigner de manière systématique, dans nos lycées et collèges du XXIe siècle, les poètes, romanciers, dramaturges, nouvellistes et autres essayistes qui ont la charge, bénévole, de penser notre modernité. Ne pas le faire ou négliger de le faire, c’est passer à côté d’une vraie occasion de contribuer à renouveler le stock intellectuel des générations appelées à construire demain. Bonne semaine à vous, lecteurs !
Kangni Alem, écrivain.

One thought on “Ma chronique dans L’Union n° 777 du 20 janvier 2015”

  1. Un lecteur me fait remarquer que les œuvres complètes de Couchoro ont été rééditées par Mestigo Press au Canada. Je rappelle que je connais et possède cette édition mais elle n’a dexistence que dans un cadre universitaire et coûte la peau des fesses. Je souhaite une réédition locale, pourquoi pas chez Awoudi ou Graines De pensée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *