Ma chronique dans l’Union 779 mardi 27 janvier 2015

anthologieUne littérature sans histoire
La parution récente de l’anthologie Togo, 50 ans 50 poèmes, signée Kudavi Nomanyo (éditions Haho, 2014) m’offre l’occasion d’une considération d’ordre polémique, à savoir l’inexistence d’une histoire critique et raisonnée de la littérature togolaise.

Avant Nomanyo, poète lui-même, il y a eu l’anthologie de Sélom Gbanou publiée aux éditions Graines de Pensées. Les anthologies ne sont que des entrées subjectives dans un genre, elles permettent à son auteur de rassembler sous une même coupole des écrivains au talent certes inégal (parfois même exécrable), mais que l’on postule comme étant les meilleurs d’une génération dans un domaine choisi. Par conséquent, il n’est ni croyable ni logique que l’auteur d’une anthologie se coopte lui-même et se présente au lecteur. L’Anthologie de la Nouvelle Poésie Togolaise de Sélom Gbanou (2012), poète lui-même, échappe à cette faute de goût, celle de Nomanyo y tombe les pieds joints, confirmant ainsi la subjectivité comme étant la norme principale d’une collecte anthologique.
Et pourtant, pour une littérature dont le texte fondateur apparut au début du 20e siècle (1929), et qui aura donc un siècle d’existence en 2029, il est loisible de constater l’absence totale d’une histoire générale qui pose les jalons d’une réception critique basée sur les moyens de la science du texte, de la lecture universitaire. Je parle d’un vrai texte de spécialiste (un ou plusieurs), détaché des contingences amicales. Le travail des anthologistes demeure pertinent, là n’est pas le débat ; celui des universitaires, s’il est un travail d’équipe, permet d’aller plus loin dans l’évaluation critique des auteurs et des œuvres importants d’une littérature. Son absence crée donc un vide, dans la transmission, l’enseignement. Ainsi découvre-t-on avec stupeur, lorsqu’on interroge nos étudiants, qu’ils ont traversé le secondaire sans avoir lu un seul auteur togolais contemporain. Ô honte, ô désespoir partagé ! La faute, d’abord, aux universitaires (j’en suis), ensuite aux concepteurs des manuels d’enseignement de la littérature, peu soucieux de rénover les outils de la transmission littéraire. Il semble qu’il existe même une Association des Professeurs de Français au Togo, enfin il semble, je n’en sais pas plus… en attendant, il faut oser espérer que les travaux de quelques passionnés comme Gbanou, Nomanyo, trouvent un écho favorable auprès de ceux dont le métier est d’enseigner la littérature, vieille branche nourricière des sciences humaines dont le capital subversif n’est plus à démontrer. Bonne semaine à vous, lecteurs !

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