L’écrivain Kangni Alem signe un nouveau titre : Les Enfants du Brésil

Par Anas Atakora.

L’écrivain Kangni Alem signe un nouveau titre : Les Enfants du Brésil. Une édition togolaise (Graines de pensées) et une édition ivoirienne (Frat’Mat) ont travaillé à la sortie de ce roman où l’auteur nous invite à explorer l’autre versant, le versant contemporain de l’ambiance dix-neuvièmiste relatée dans sa précédente fresque historique publiée en 2009 sous le titre Esclaves.
Mais soyons clair d’entrée de jeu : Les Enfants du Brésil n’est pas une queue d’Esclaves. C’est un roman autonome. Libre de circuler. Libre de créer ses propres gloires. Et ses fausses routes aussi. Certainement. Le destin d’une fiction est aussi inénarrable que le sentiment d’un homme qui se demande s’il faut ajouter un verre de rouge à un morceau de jazz qui lui soule déjà les méninges !
J’évoque le jazz ici parce que le texte de Kangni Alem s’ouvre avec un classique brésilien : The Girl FromIpanema. Le poète nous apprend qu’il faut de la musique avant toute chose. Et le romancier nous enseigne qu’il faut du jazz pour ceux qui quêtent la parole au cœur des silences de l’histoire.
En commençant donc son récit par ce clin d’œil jazzy, Kangni Alem nous invite au voyage, à la découverte d’une écriture dont l’heureux bruissement construit un univers aux pétales exquis et attachants. De près, l’auteur nous pousse à suivre son narrateur dont le nom prononcé sans accent portugais, devient, sous nos tropiques, une métaphore plus taquine que le blasphème : Santana !
Santana est un narrateur à trois quêtes. Contractuel de l’Unesco et spécialiste de l’archéologie sous-marine, écoutons-le nous présenter sa première quête : « répertorier les épaves des bateaux négriers, prospecter les mers du monde pour les localiser et tenter de les remonter à la surface ». C’est au nom de ce travail sur la mémoire de la traite négrière que ce Santana, narrateur au parler fleuri, s’est retrouvé au Brésil. Lui, fils de TiBrava, ce pays aux allures de Golf de Guinée, cette terre sortie de l’imagination de Kangni un jour qu’il écoutait du jazz – la musique encore et toujours – venu des songes dorés de Duke Ellington !
Lui, Santana, le narrateur de ce récit, est aussi petit-fils de Ma CarneliaEsperança, « grand-mère éternelle, celle qui refusa de mourir même quand elle eut cent ans », celle qui ne bandine pas avec son ascendance brésilienne et qui répète à tout TiBrava que c’est une envie de terre qui la fait échouer là comme un bon mot sur une page sale, comme une utopie à renouveler à chaque fin de phrase.
Lui Santana donc, est Afro-brésilien de TriBrava. Quand il arrive au Brésil, c’est sa mémoire qui l’accueille. Cette mémoire que lui contait, enfant, un homme haut en couleurs, le nommé Velàsquez, personnage aux identités multiples, figure de proue des « raconteurs d’histoires », ces visages aux masques pareils qui traversent tout le texte en guise d’une modernité rêvée du théâtre populaire ouest-africain connu sous le nom de concert-party.
Suivre le narrateur de Kangni au Brésil, c’est faire se rencontrer plusieurs espaces, plusieurs temporalités, plusieurs mémoires d’où émergent d’importantes questions sur la définition de soi, sur les identités assumées, biaisée ou fabriquées, et sur la complexité du réel historique : le Brésil et l’Afrique, quels pans de mémoire commune reste à déplier ? L’Afrique et le Brésil, quels éléments historiques sont charriés par les dynamiques contemporaines ? Par quels bouts d’histoire reconstituer par exemple la part de souffrance et de révolte des Afro-brésiliens musulmans ?
Avec Les Enfants du Brésil, le lecteur trouvera matières à continuer des interrogations dans ce sens. Ou à inaugurer d’autres questions avec les deux autres quêtes du narrateur. Lesquelles ?
N’attendez pas que je vous réponde….
Rendez-vous le samedi 22 juillet 2017 pour une soirée de dédicace et de signature à la Résidence de l’Union européenne au Togo ! 17 heures. Aiguilles précises !

One thought on “L’écrivain Kangni Alem signe un nouveau titre : Les Enfants du Brésil”

  1. Slt. Je viens d’acheter le livre. C’est un trésor pour moi, car je l’ai trouvé ici à Lomé. Pour nous ça veut dire beaucoup de choses. Merci à Graines de pensées qui nous sert un plat de Lomé devenu entre temps exotique. Je suis aspiré, telle une bonde, par la présentation de ce livre signée Anas. Très aromatique ! Bravo Anas. J’ai l’assurance à travers tes signes, que le grand frère Kangni n’a pas fait que signé son nom sur un livre, lui Kangni. Comme on le voit souvent dans une coupe d’Afrique. J’ai hâte de me régaler de cet art. Merci Anas.

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