L’Aquitaine et l’Afrique se croisent à Bayreuth

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L’association bordelaise MC2A a rassemblé, à la Iwalewa Haus de Bayreuth, en Allemagne, sa « collection » : 20 ans d’échanges artistiques avec le continent africain…

Bayreuth est une ville allemande moyenne, avec sa soixantaine de milliers d’habitants. Mais elle ne recèle pas moins de 24 musées, dont un certain nombre, il est vrai, consacrés à Wagner… La Iwalewa Haus, fondation privée adossée au laboratoire d’études africaines de l’université de la ville, est quant à elle la manifestation de l’intérêt de l’Allemagne pour la culture de ses anciennes colonies, et l’héritière de la collection d’art africain, du traditionnel au contemporain, d’un ingénieur allemand voyageur.

MC2A, l’association Migrations culturelles Aquitaine-Afrique, dirigée par Guy Lenoir, n’a pas de collection à proprement parler. Où la rangerait-elle, dans son petit local de la rue du Faubourg-des-Arts à Bordeaux ? Mais elle a vingt ans d’un riche passé d’échanges et d’aventures artistiques qui ont accompagné et porté témoignage de la valeur universelle de l’art africain contemporain. La Iwalewa Haus en a dix de plus et, depuis 2009, sous l’impulsion de son directeur, Ulf Vierke et d’Alain Ricard, directeur de recherche, spécialiste en littératures africaines au CNRS et président de MC2A, les deux structures ont entamé un rapprochement.

C’est ainsi que, depuis le 25 avril et jusqu’au 2 septembre prochain, 250 œuvres de 90 artistes, foisonnant panorama d’une collection immatérielle rassemblée pour l’occasion auprès de collectionneurs ou des artistes eux-mêmes, occupent 300 mètres carrés de cimaises dans la petite ville de Franconie sous le titre « Aquitaine Afrique, zones de contact ».

Migrations

MC2A porte bien son nom. Ses vingt ans de migrations ont tracé des voies qui se recoupent et s’entrelacent, matérialisées dans l’exposition par des lignes colorées reliant les différentes thématiques. Deux pénétrantes identifiées structurent ce réseau et se croisent sur « L’Estuaire ». D’abord l’aventure fondatrice du B. B. K. B. (Bordeaux Bangui Kinshasa Brazzaville), un genre de Fitzcarraldo en plus gai, lancé en 1988 par Guy Lenoir et l’écrivain congolais Sony Labou Tansi sur le fleuve Congo. Et puis la nationale 10, route des migrations, parcourue de Blaye à Hendaye par les voitures customisées du plasticien kinnois Freddy Mutombo (l’une d’elles orne actuellement une place de Bayreuth), semée des sculptures monumentales de Koffi Setordji, racontée par les écrivains Kangni Alem, Dalila Kerchouche, Abdourhaman Wabéri, Geneviève Rando, Rémi Checchetto.

Les intersections de ce réseau ont été baptisées. Il y a « Bordeaux Noir », composé de regards sur l’Afrique portés par des artistes de la capitale aquitaine, comme Isidore Krapo, Christine Bourel, Béatrice Hazard ou le dessinateur Pierre Louisin. « Le théâtre de langues », qui regroupe les différents projets en langues africaines et française menés notamment avec Kangni Alem, Marcel Kalunga, Amos Tutuola, et culminant avec l’opéra « Leena », en français et wolof, créé en 2010 au Rocher de Palmer de Cenon. « Françafrique », sujet difficile travaillé avec les peintres Bruce Clarke et Diagne Channel, le photographe Loïc Le Loët – qui donne à voir à Bayreuth la chambre d’un de ces anciens combattants marocains qu’il a portraiturés – ou l’auteur sénégalais Boubacar Boris Diop (« Murambi ou le livre des ossements » sur la tragédie rwandaise, et le livret de « Leena »).

Histoire riche et cruelle

Dans la section suivante se croisent les « navetteurs » des deux origines, constamment en itinérance entre Europe et Afrique, à l’instar du peintre Sokey Edorh, de la plasticienne Rustha Luna Pozzi Escot, du « poisson » voyageur Yacine Balbizioui ou de William Adjete Willson, dont les tentures inspirées de la tradition de l’ancien Dahomey et racontant l’histoire riche et cruelle des rapports Nord-Sud sont actuellement exposées au musée d’Aquitaine, tandis que sa série « Vodoun » orne les murs de MC2A. Au bout de la piste émergent « Les Afriques dans le monde », où l’art africain prend toute sa place, avec des œuvres de Bruce Clarke, John Kiyaya, Chéri Samba, Moke et bien d’autres.

Enfin sont évoquées « les utopies », celles qui ne verront pas le jour, comme « L’Arche dorée » conçue pour la candidature de Bordeaux comme capitale européenne de la culture, ou celles qui sont bien parties pour voir le jour, comme le projet Rosa Bonheur, village pour résidence d’artistes prévu pour 2015 aux bassins à flot bordelais, comme une plaque tournante pour de futurs échanges. « Les navetteurs ont pris le pouvoir ! », affirme Alain Ricard dans le catalogue de l’exposition. « Nos migrations sont devenues quotidiennes. »

www.web2a.org

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