LA COLONISATION ALLEMANDE AU TOGO:TRACES ET MEMOIRE (1884-1914)

togoallemand_0.gifDepuis une quinzaine d’années se multiplient les initiatives oeuvrant en faveur de la reconnaissance des exactions commises par les Etats Européens au cours de leur expansion moderne. Esclavage, conquête coloniale, administration coloniale, etc. sont remis à l’ordre du jour de manière à instruire un procès de la colonisation, dans une logique qui appelle une forme de réparation. Parallèlement, on constate une augmentation du nombre des demandes de restitution d’objets saisis au cours de la conquête coloniale.Comment alors poser aujourd’hui le débat de la restitution – et celui de la réparation, au regard du retour dans les feux de l’actualité de l’histoire coloniale?

Imprimer

togoallemand_0.gifDepuis une quinzaine d’années se multiplient les initiatives oeuvrant en faveur de la reconnaissance des exactions commises par les Etats Européens au cours de leur expansion moderne. Esclavage, conquête coloniale, administration coloniale, etc. sont remis à l’ordre du jour de manière à instruire un procès de la colonisation, dans une logique qui appelle une forme de réparation. Parallèlement, on constate une augmentation du nombre des demandes de restitution d’objets saisis au cours de la conquête coloniale. Comment alors poser aujourd’hui le débat de la restitution – et celui de la réparation, au regard du retour dans les feux de l’actualité de l’histoire coloniale?
Kamina_Togo23.jpgParadoxalement, dans certains pays, la mémoire coloniale fait l’objet d’une glorification qu’il importe d’analyser. C’est le cas par exemple de la période allemande au Togo, un des rares pays au monde à fêter la colonisation sous couvert de la célébration des amitiés germano-togolaises. Dans le cas d’espèce du Togo, aucune revendication intempestive, les Allemands défaits sont partis la tête basse, mais leur souvenir reste très vivace et surtout positif. Je lisais la semaine dernière une nouvelle du romancier togolais Sami Tchak, « Le Pont allemand », paru dans le recueil collectif « Dernières nouvelles du colonialisme » (Ed. Vents d’Ailleurs, 2006); Sami Tchak y raconte l’histoire d’un vieux pont décati, vestige de la colonisation allemande dans la ville de Sokodé, que les habitants du coin n’ont de cesse de comparer au nouveau pont construit par les Français, l’avantage de la comparaison étant bien sûr au tas de rouille symbole de la vigueur et de la solidité allemandes. Dans la même ville de Sokodé, dit-on, au quartier Tchawanda, existe un cimetière allemand, où l’on peut voir, scellées dans le ciment, les chaînes des prisonniers enterrés sur place. J’ai d’ailleurs l’intention de faire un tour dans ce « lieu de mémoire » la semaine prochaine, lors de ma remontée du Togo, du Nord au Sud, à la recherche des traces de la colonisation allemande, un vieux projet qui me tenait à coeur depuis longtemps, et que je vais pouvoir enfin réaliser.

Quand j’entends nos vieillards « regretter » la fin de ces temps de sueur, je me dis que pourtant les Allemands n’ont pas été tendres avec les populations togolaises, qu’elles fussent du Sud ou du Nord. Chez les Konkomba, on se souvient encore qu’ils coupaient les pouces aux jeunes guerriers pour les empêcher de manier leurs arcs aux flèches empoisonnées. Et tant d’autres « chocs » importants, dans les opérations dites de pacification (18 ans, quand même), opérations dont les faits sanglants parsèment tous les livres d’Histoire au Togo. Et que dire de leurs fameux coups de fouet, dont le vingt-cinquième était dédié au Kaiser, rien que ça!
Malgré tout cela, pour le Togolais moyen, le colon allemand demeure une figure hautement sympathique. Il été aura bâtisseur, à la différence des autres, les Anglais et les Français, tenus pour responsables du démantèlement du territoire national, au sortir de la Première Guerre Mondiale, allusion bien sûr au partage du territoire nommé « Togoland », héritage du tracé de 1885 à Berlin. Je ne sais si en Namibie et au Cameroun, ils ont la même lecture de leur passé allemand! Comprendre et interpréter ce cas singulier de l’appréciation de son dominateur par un peuple dominé, n’est-ce pas aussi approcher de près cette vérité historique : à savoir que le passage du temps apaise certaines rancoeurs et transforme l’image du Maître Défait. Et c’est vrai que si les Allemands n’avaient pas été vaincus, peut-être que…

nachtigal_0.jpggoubenin_0.jpgMais au fait, ces héritiers de l’explorateur Gustav Nachtigal (photo ci-contre) nous ont-ils pris des choses, des objets culturels de valeur dont nous pourrions réclamer la restitution, urbi et orbi? Quelque fétiche important comme le dieu Gou des Béninois, volé par les militaires français à Abomey et entreposé au Quai Branly? À moins que : tous ensemble, nous ne réclamions à cor et à cri, comme osent le faire parfois nos vieillards nostalgiques, le retour des Allemands et de la colonisation? Cher Monsieur Kofi Annan, please, restituez-nous nos gentils gouverneurs allemands à nous subtilisés par la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, schnell, danke schön, prosit, prosit!


Allez, j’arrête de délirer. Je profite de ce billet pour donner rendez-vous à mes ami(e)s de Lomé. En effet, le vendredi 5 Mai 2006, on pourra prolonger la réflexion sur le sujet lors d’une conférence-débat intitulée : Butins de guerre et mémoire coloniale : La question de la restitution des prises de guerre coloniales. Faux débat ou vrai problème? Je serai en compagnie de mon ami Bernard Müller, anthropologue, conseiller scientifique et commissaire d’exposition, et de la journaliste Hortense Atifufu (Radio Nana FM). Une précision : la conférence s’inscrit dans le projet Broken Memory, coordonné par l’association NAWAO (http://www.nawao.org/), et n’aura pas lieu en allemand. Alors, à bientôt?
Vendredi 05 mai 2006 à 18.00 HeuresLieu : Goethe-Institut Lomé
Langue: Français
Sur invitation à retirer au Goethe-Institut
Tel. +228 2203070, +228 2210894 info@lome.goethe.org

3 thoughts on “LA COLONISATION ALLEMANDE AU TOGO:TRACES ET MEMOIRE (1884-1914)”

  1. Bonjour Mr kagni ALEM
    Très bel article.
    Je suis franco togolais né au Cameroun. J’ai effectué les classes de 1ère et Terminale au Lycée de Tokoin. J’y ai réussi le baccalauréat il y a 21ans maintenant. Avec du recul je trouve que l’histoire du Togo n’a pas assez été enseignée et je suis aujourd’hui animé par la curiosité d’en apprendre un peu plus.
    j’ai acheté quelques livre de Mr le Prof Gayibor Nicoué Lodjou, D e Mr Yves Marguerat et claude Hélène PERROT.
    Je reste quand un peu sur ma soif.
    Il n’ y a pas ou alors très peu de valorisation de n otre patrimoine encore moins de conservation. J’aime bien visité le musée de Lomé pareil j’ai comme le sentiment que notre histoire commence en 1884 par le protectorat.
    bref je serai heureux d’avoir plus d’infos.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.