Ébauche d’autopsie du hip-hop togolais

rap_photo.asp.jpgLa maladie peut avoir du bon. Par-delà le fait qu’elle nous rappelle que nous sommes des moins que rien, elle nous oblige à être davantage à l’écoute de notre corps, et de notre discothèque. Justement, tout en me reposant, j’écoutais ce matin du hip hop togolais quand l’idée me vint d’aller surfer sur internet, pour trouver des infos sur le sujet. Un article signé d’un certain Xavier Gilles a retenu mon attention. A suivre (K.A.)

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Ébauche d’autopsie du hip-hop togolais/Par Xavier GILLES

Source de l’article: FOFO MAGAZINE

rap_photo.asp.jpgDans un pays où l’asphyxie économique qui sévit depuis quinze ans a fini d’instaurer un génocide culturel et de diviser le pays, les «Éperviers» (nom de l’équipe nationale de football) comme la musique (le hip-hop en particulier), incarnent pour la jeunesse togolaise non seulement les «seuls moments de relaxation sociale» mais aussi les «canaux» vers une réelle réconciliation nationale. Mais, contrairement au ballon rond, le hip-hop est véritablement le creuset dans lequel se fondent et s’interpénètrent «les différentes traditions togolaises». Quoique ce nouveau « monde musical » qui tarde à se structurer, est miné par divers maux qui sont fils de la tragédie politique que traverse la « Terre de nos aïeux » (Togo) depuis quatre décennies. Des «Black Syndicate» (impulseurs du mouvement hip-hop du côté de Lomé) fin 85-90 à la floraison d’artistes ou de groupes de nos jours, tout en passant par la sortie du premier album dans ce genre musical (fruit d’une complicité entre O. Below et Y. More), le hip-hop togolais s’est profondément métamorphosé. Il s’est du coup défini un «glossaire» tout aussi riche que coloré, toutefois loin des sentiers d’une quelconque contestation manifeste et à outrance dont se revendique le mouvement lui-même à ses origines. C’est dire que bon nombre des textes des artistes togolais évoluant dans cette mouvance musicale sont chargés surtout des thèmes de l’amour ainsi que des appels à la résistance devant les vicissitudes de la vie. L’évocation et l’invocation de Dieu y sont également très présentes, implicitement ou explicitement comme d’ailleurs dans toute la musique togolaise. L’auditoire du hip-hop sur la terre de B. Below semble cependant n’avoir que cure de cette particularité. En témoigne l’engouement de cette musique auprès des jeunes et peu à peu auprès des « adultes », lorsque le hip-hop vient à se marier avec les chants traditionnels ( ce qu’on convient d’appeler ici « tradi-hip »), mieux, avec les vieux succès de la chanson togolaise (remix). Toutefois, ces postures musicales sont encore très peu empruntées par les artistes togolais. En fait, plus qu’un style musical, le hip-hop apparaît aux yeux de ses adeptes togolais comme un ensemble qui dépasse le contexte purement artistique : mode, mouvement et danse hip-hop en sont ses composantes. S’identifier à ce mouvement revient à faire sien une certaine forme de « philosophie » qui a pour prétention non avouée de rompre avec le BCBG (Bon Chic Bon Genre) des années 80-90. Pourtant, les mordus (acteurs comme public) du présent genre musical ne voient pas toujours la vie en rose, tant leur « joyau commun » touché par divers maux, semble être fugace et manqué de soins. Tout aussi internes qu’externes, ces maux sus-évoqués relèvent d’une part de la sphère artistique elle-même et d’autre part du marché du disque togolais. Pour ce qui est du premier cas, il faudra souligner l’ «absence » de structures de production dignes de ce nom et accessibles financièrement à l’artiste « moyen » de hip-hop togolais. Dans un tel contexte, la promotion qui constitue la rampe de lancement d’une carrière dans le show-biz, est tout simplement ignorée à défaut d’être faite à pas de charge. Du coup, il n’est pas rare de voir un seul titre ou clip d’un artiste «trôner» ou passer à satiété sur les médias avant la sortie effective de l’album sur lequel il figure plusieurs mois plus tard.

newsdatabase_photo.asp.jpgDans le second cas, la piraterie musicale (dont Lomé constitue une «plaque tournante » en Afrique de l’ouest) couplée à l’étroitesse du marché discographique togolais suffisent largement à sceller le sort de «pauvres » artistes. Bon nombre d’amateurs de hip-hop ont tendance à aimer les produits musicaux plutôt que leurs auteurs. Pire, on consomme rarement les productions togolaises. Préférer une copie piratée d’un CD Compact Disc) d’un Eminem ou d’un Usher à un original d’un Eric MC, ou soit opter pour un gravage des tubes à succès togolais pour ensuite les diffuser sans aucune «entrave» dans un lieu public, sont des « sports nationaux » au Togo. De plus, la presse togolaise dans sa globalité n’accorde une certaine visibilité à cette mouvance musicale que durant l’instant d’un méga-concert ou géante manifestation culturelle. Pas d’émissions-débats, d’articles, de sites Internet sur le sujet, sinon parcellaires ou «tronqués».

Nonobstant cette litanie d’obstacles, on assiste à un fourmillement de « naissances » d’artistes ou de groupes dans cette sphère musicale, presque un « accouchement » par mois, sinon plus. La région maritime (sud du pays) remporte la « palme d’or » dans ce domaine même si rencontrer des « fidèles » du hip-hop du sud au nord comme de l’est à l’ouest du pays ne relève plus dorénavant d’une gageure. Bien évidemment, ces lots d’artistes ne sont pas logés à la même enseigne. D’aucuns ont plus de popularité que d’autres. Parmi les tenants du mouvement, citons entre autres Eric MC, Ali Jezz, le groupe Djanta Kan, Wedy, Small Poppy, Orcyno, O. Below etc. En réalité, faute de données « fiables » sur les ventes d’albums de tel artiste par rapport à un autre ou de sondages crédibles, la cote de ces artistes ne s’établit que sur la base des concerts qu’ils organisent ou encore leur passage en boucle sur les chaînes de radio et de télévision. Même l’organisation des « Togo Hip-Hop Awards » (qui seront à leur troisième édition cette année) n’a pas suffi à lever l’équivoque sur cette question à cause de divergences existant entre organisateurs et certains artistes. Cependant, l’émulation que crée la mise en place d’une telle cérémonie est de nature à animer et encourager la concurrence autour du hip-hop togolais, une concurrence de laquelle « coulera » la crème de ce mouvement musical qui deviendra peut-être « Most Wanted » sur le marché musical continental, pour reprendre dans ce sens le nom d’un groupe de la place dont l’unique clip (qui « inonde » actuellement le paysage audiovisuel loméen) est une parfaite illustration de la donne prévalant dans le hip-hop «made in Togo».

P.S. En écoute, un titre d’ERIC MC, pardon ERIC, c’est trop beau, on verra pour les droits d’auteur: schoolvi togo – Track 07.mp3

Source de l’article : FOFO MAGAZINE

http://www.planeteafrique.com/FofoMag/Index.asp?affiche=newsdatabase_show.asp&cmd=articledetail&articleid=320

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