Diam’s et Ouologuem : quand les artistes renient leur passé

Mille-et-une_600px_6209575ed2475aa3f42e7603891c47efComme vous, il m’arrive de regarder la télé française. La France est un territoire physique et mental dont la vie culturelle est surprenante. Il y a de cela quelques semaines à peine, l’ex chanteuse de rap, Diam’s, qui s’était convertie à l’islam et a décidé de tourner le dos à la musique, était de retour à la télé. A l’occasion de la sortie d’un livre, elle accordait une interview à la chaîne TF1. Son propos fut émouvant et cinglant : oui, la musique pour elle était bel et bien enterrée, sa colère elle l’aurait exprimée par ce biais comme avec n’importe quel canal, mais il y avait mieux que la musique, la foi religieuse, et elle l’a retrouvée cette foi, et elle en est heureuse. Ses anciens albums ? Non, elle ne les écoute plus, et ne les ferait pas écouter à sa fille ! Les artistes peuvent renier leur passé artistique, c’est leur droit. Ce fut le cas aussi de l’écrivain malien Yambo Ouologuem dont un livre sulfureux réapparaît dans les librairies ces jours-ci : Les mille et une bibles du sexe qu’il avait publié en 1969 sous le pseudonyme d’Utto Rudolph. Les éditeurs de ce roman classé porno ou comédie érotique, Jean-Pierre Orban et Sami Tchak ont décidé d’exhumer cette perle( ?) sous le véritable nom de son auteur. Yambo comme Diam’s avait déjà renié son passé d’écrivain, allant jusqu’à maudire sa propre fille qui avait tenté de participer à un hommage que voulait lui rendre le festival Etonnants Voyageurs une année au Mali. Yambo, retiré dans sa foi musulmane (furieuse par moments) comme Diam’s ne reconnaît plus ces fruits-là de son propre esprit. Oui, les artistes peuvent renier jusqu’à leur propre existence, mais sont-ils pour autant compris ? Diams et Yambo étaient et demeurent des rebelles!
Diam-s-son-nouvel-album-dans-les-bacs-le-15-decembre-_portrait_w532Quelques jours après l’interview de Diam’s, les internautes se sont déchaînés contre elle, sur les réseaux sociaux, obligeant l’ex-chanteuse à se retirer de la toile. La France est un grand pays de liberté, mais Internet est un espace dictatorial, ne l’oubliez jamais ! Quant à Yambo Ouologuem, retiré quelque part dans sa folie intérieure, près de Mopti ou de Tombouctou, réagira-t-il à cette réédition de sa parodie du Marquis de Sade ? Par quelle astuce juridique les éditeurs on-t-ils réussi à contourner le droit de l’artiste à se renier ? J’avais posé la question à Orban et Tchak sur Facebook, ils m’ont dit de lire leur préface au livre et je comprendrai tout. Je le ferai alors. Peut-être vous aussi. Bonne semaine à vous, lecteurs !

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