De Bamako à Grand Bassam: les dessous insoupçonnés du terrorisme

A14928« Pourquoi nous, pourquoi? Que leur avons-nous fait? » Mali. Nigeria. Cameroun. Niger… Qui sera le prochain? Autrefois, le terrorisme nous apparaissait lointain; depuis les médias (dont savent profiter les terroristes) ont tout fait pour nous rapprocher des lieux du drame. Mais on a beau sonder les écrans, avaler les explications en boucle des téléspécialistes, on n’arrive pas à comprendre pourquoi l’Afrique, de manière si ostensible, est devenu à son tour le sanctuaire des terroristes.Ma rencontre récente avec une procureure européenne travaillant sur les liens obscurs entre les islamistes du Boko Haram au Nigeria et certaines franges européennes de Daech m’ont convaincu de ce que je soupçonnais depuis longtemps. Il y a, au cœur du terrorisme mondialisé du 21e siècle, une fausse assertion dont la dangerosité doit être combattue, à savoir qu’il y aurait un islam universel au nom duquel les terroristes se battraient! L’idée séduit, mais n’en demeure pas moins fausse. Comme me l’a fait remarquer ladite procureure, de l’extérieur, la thèse religieuse paraît simple, mais à bien y regarder, elle ne tient pas longtemps la route, même si le résultat immédiat au niveau des pays touchés reste la stigmatisation des musulmans, assimilés à tort aux prétendus djihadistes. On voudrait faire fi des dissensions dans le monde musulman, pour convaincre d’une possible guerre de religion, ce qui est impossible. Si l’islam est universel, il l’est sur la base de rites différents, donc d’interprétations diverses. Il reste donc une conviction, la guerre déclarée par les terroristes à je ne sais qui ne peut pas avoir de base religieuse. Reste une réalité, la guerre, parlons-en justement. Même lorsqu’elle est religieuse, comme ce fut le cas de la guerre civile en Irlande entre catholiques et protestants, on a fini par comprendre qui finançait le désordre: les politiques des deux camps eux-mêmes! N’anticipons pas, mais posons-nous aussi la question de savoir d’ou vient le financement du terrorisme façon Boko Haram ou Daech. Pour ce que je sais, des enquêtes et travaux récents sur le terrorisme au 21e siècle, l’affaire a tout l’air d’être fondé sur une réalité plus criminelle que culturelle (la religion étant culturelle), une réalité capitalistique dont les ressorts nous apparaîtront de plus évidents au fil du temps.

En lisant le tout nouvel essai de Jenny Raflik sur la question, j’ai compris à quel point il nous faut toujours remonter dans l’histoire des violences terroristes pour comprendre la capacité de manipulation de ceux qui utilisent le terrorisme comme un instrument au service de causes souvent obscures. Comme si certains malins avaient tiré des leçons de toutes les tactiques terroristes, pour tuer, distraire et poursuivre des buts de criminalité transfrontalière. Mais je reste sur ma soif: il y a aussi de la folie au cœur des humains, et les hommes qui acceptent de se faire exploser représentent pour moi la part la plus obscure de la capacité de manipulation du terrorisme international. Comprendrons-nous un jour toute cette histoire lugubre? Bonne semaine à vous, et compassion totale avec les victimes!

2 thoughts on “De Bamako à Grand Bassam: les dessous insoupçonnés du terrorisme”

  1. Si les raisons ne sont pas culturelles ; sont elles politiques economiques! Et de quelles ordres! Ceci annonce t il un nouvel ordre mondial?

  2. On comprend aisément que depuis belle lurette la religion fait toujours objet d’instrumentalisation.Mais reconnaissons qu’à l’heure de la mondialisation et l’interconnexion effrénée,c’est l’Islam qui offre de terreau fertile à cette instrumentalisation, mais toute tentative à creuser plus loin se heurte à des antinomies: qui gagne réellement du terrorisme transfrontalier? Est-ce l’Occident? Est-ce les pays musulmans de la péninsule arabique et/ou du golfe? Ce qui amène la complexification de l’objet mais qui laisse entrevoir un mythe de Sisyphe.

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