Chronique mardi 31 mars: à propos de l’épreuve de dictée

6ztpqE3rwy0a0W4IIZdegmG0N4wLe lundi 23 mars 2015, dans les locaux du Ministère des Affaires étrangères du Bénin, les résultats de la 3e édition du Concours Prolaf (Promotion de la langue française) ont été proclamés. Quatre pays participaient au dit concours : Bénin, Burkina-Faso, Niger et bien sûr Togo, avec 21 candidats ; des élèves de la 6e jusqu’à la Terminale. Seuls deux de nos candidats ont sauvé l’honneur, en remportant un deuxième et un troisième prix. Pas brillant, je vous le concède, les exploits de nos jeunes ambassadeurs à la bataille de Cotonou ! Une régression même, eu égard à l’exploit réalisé à la 2e édition du Prolaf l’an passé, où la moisson fut relevée, cela va sans dire. Les jeunes Burkinabé du Prytanée militaire de Kadiogo et du Collège Lasalle ont damé le pion à leurs camarades ouest-africains, remportant le maximum de prix. Il a fallu la remarque appuyée du Professeur Koudjo Bienvenu de l’Université d’Abomey-Calavi, à la fin de la cérémonie de remise des prix, pour que cette victoire burkinabé nous apparaisse enfin dans sa simplicité et sa logique : le pays de Thomas Sankara, a rappelé le professeur, est l’un des rares pays africains à ne pas avoir supprimé l’exercice de la dictée du cursus scolaire ! Agbetiafa, l’un des grands réformateurs de l’éducation nationale au Togo se retournerait dans sa tombe, s’il savait ce que nous avons fait, lui qui conférait une grande vertu à la dictée simple, et à sa version mnémonique, la dictée préparée, toutes deux obligatoires longtemps depuis l’école primaire !

FB_IMG_1427417886801Il n’y a plus de doute, malgré un demi-siècle de pratique, la langue française demeure compliquée à l’usage pour certaines générations, surtout celles qui n’ont pas connu « le train de 8h », c’est-à-dire l’épreuve de dictée éliminatoire au Brevet. J’ai toujours trouvé la nostalgie de nos aînés qui prenaient ce train-là un brin exaltée, néanmoins je suis d’avis que la dictée contribuait à affermir les connaissances orthographiques et grammaticales, mieux que tout autre exercice global. Certes, on pouvait se faire humilier en commettant 20, 30, 50 fautes, mais le gain était ailleurs : à force de corrections, on finissait par maîtriser la graphie de ces putains de mots : atterrissage (2 t, 2 r, 2 s !), thuriféraire, caïlcedrat, chiendents, aubépine, gymkhanas, tonitruant, truand, abscons ! Et frimer au scrabble, sans aller à Canossa, devenait un jeu d’enfant, avec les mots à trois lettres : kif, taf, yen. Même en France où la dictée a été supprimée, je me souviens de la pauvreté orthographique des étudiants que j’ai croisés dans les lycées où j’enseignais et sur les bancs de l’université. Et je connais des parents français qui plaident pour son rétablissement. Baisse de niveau en français dites-vous ? Autre temps, autres mœurs, il se raconte que la dictée, cet exercice redoutable, pourrait bien nous être encore utile ! Les Burkinabé l’ont démontré par A plus B. Alors, si comme moi vous croyez à son importance dans l’acquisition de la langue officielle et sa maîtrise à des fins académiques, distractives et administratives, battons-nous pour qu’un jour, enfin, elle soit réintroduite au programme. On fera le bilan comparatif après. Bonne semaine à vous, lecteurs !

3 thoughts on “Chronique mardi 31 mars: à propos de l’épreuve de dictée”

  1. 100 % d’accord ! L’introduction des nouveaux programmes telle que j’en vois les fruits au Bénin, sont une véritable catastrophe et crée une génération d ignares incapables de s’exprimer.

  2. 100 % d’accord ! L’introduction des nouveaux programmes, telle que j’en vois les fruits au Bénin, est une véritable catastrophe et crée une génération d’ignares incapables de s’exprimer.

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