Carnet de route: Lomé, Cotonou, allers-retours

lomeboulevard.jpgMe voici de retour, une fois de plus, dans ma ville natale. Arrivé par Cotonou, j’ai filé le même jour vers la frontière du Togo, avec comme chauffeur Florent Couao-Zotti, sa compagne et le dernier né du couple. A peine arrivé à Lomé, le pays réel s’est imposé à moi.

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lomeboulevard.jpgMe voici de retour, une fois de plus, dans ma ville natale. Arrivé par Cotonou, j’ai filé le même jour vers la frontière du Togo, avec comme chauffeur Florent Couao-Zotti, sa compagne Sonia, et le dernier né du couple. A peine arrivé à Lomé, le pays réel s’est imposé à moi.

1. Petit budget pour voyageur fauché. Comme toujours, depuis presque dix ans, le premier choc que je reçois à Lomé, c’est le prix exorbitant du transport livré au secteur informel des taxis-motos.. Ils sont peut-être rapides pour aller d’un coin à l’autre de la ville, mais qu’est-ce qu’ils sont chers! En l’espace d’une journée, de mon quartier (Agoué) à celui de ma mère (Bè-Kpota), en passant par l’université de Lomé et en comptant une halte sur le boulevard Jean-Paul II, j’ai dépensé plus de 1050 F. CFA. A quand donc un vrai réseau de transport public à Lomé, comme à Ouaga, Accra ou Abidjan?

2. Une fac sans importance. Mon retour comme enseignant à l’université de Lomé s’annonce bien. J’ai décidé d’y revenir donner des cours à l’année. Mon contrat n’est pas faramineux, l’université de Lomé n’est ni celui de Los Angeles ni celui de Michigan. Mais je crois que j’avais besoin d’éprouver mes propes limites, ma propension à critiquer facilement le système universitaire qui m’a formé. Beaucoup de mes amis trouvent ma décision insensée, j’ai beau leur dire de me laisser me casser la gueule, d’abord, peine perdue; pour eux, je ressemble plus à un desperado d’un autre âge qu’à un intellectuel fiable. Ne serais-je pas plus utile au Togo en allant anywhere but Lomé? Que répondre à cela? J’ai décidé de ne plus parlementer. J’avance, on fera les bilans de mes décisions plus tard.

paysage_togo.jpg3. Un petit tour à Porto-Novo. Vendredi 3 novembre 2006, je suis encore de retour à Cotonou, la ville de mes anciennes amours, au propre comme au figuré. J’y retrouve ma bande habituelle: Couao-Zotti, Kakpo Mahougnon, ancien ami de fac à Bordeaux, Camille Amouro, Edwige Aplogan, Adelaïde Fassinou… Seule absente de taille, Albertine, la belle banquière, disparue nul ne sait où, depuis son récent accident de voiture. Cette fille est un mystère dont seul un Proust aurait pu démêler l’écheveau! J’ai attrapé sur la route des saletés dans l’oeil, Cotonou et sa pollution, son essence de contrebande venue du Nigeria, qui pourrit les humeurs comme les pots d’échappement des voitures et des taxis-motos, encore les taxis-motos, engins fous provoquant des accidents spectaculaires… Ce vendredi, en compagnie de Gisèle Pineau, la romancière guadeloupéenne, je me suis rendu à Porto-Novo pour assister à la représentation de la pièce Le collectionneur de vierges de Couao-Zotti, dans une mise en scène de Tola Koukoui. Le ministre de l’Intérieur et Mme Le Préfet en invités de marque. Etrange spectacle: énormes problèmes de diction des acteurs. Pour un texte à l’écriture aussi léchée, n’eût-il pas fallu une autre distribution? Scénographie pas du tout fonctionnelle, à chaque scène il faut changer de décor, et les acteurs sont parfois obligés d’attendre que les techniciens quittent la scène. Pénible. Et puis, et puis, cette idée d’habiller le personnage du jeune bouvier peul en « loubard » avec basket Adidas et bandana Reebok! Trop de déchets dans le spectacle, avis personnel. Parfois on dirait du théâtre radiophonique sur scène. Avec la musique de Miles Davis en intermède des scènes, encore une bizarrerie inexplicable. A la sortie, Couao-Zotti se réfugie dans un mutisme buté, malgré les questions insistantes de Gisèle Pineau. Cela dit, j’ai eu plaisir à retrouver le comédien Ernest Kaho au meilleur de sa forme., la preuve il fut le seul acteur dont les entrées sur scène provoquaient systématiquement le plébiscite du public. Le théâtre est un art difficile où la sanction est souvent immédiate. J’ai rassuré Florent, les pièces de théâtre sont comme des chevaux revêches, à force de les monter ils finissent par se laisser dompter. D’ici un à deux mois, Le collectionneur de vierges aura gagné en maturité et fluidité, si le metteur en scène prend conscience de ses erreurs. Florent pense que son théâtre est trop littéraire, moi je pense que sa langue n’est pas le handicap, le vrai challenge du metteur en scène réside dans sa capacité à générer, par delà les mots et les idées, le visuel qui transporte le spectateur vers le plaisir du texte!

ouidahplage_0.JPG4. La porte du non retour. En visite pour la première fois au Bénin, Gisèle Pineau est excitée d’aller à Ouidah sur la trace des ses ancêtres esclaves. Ouidah et la porte du non retour, elle a décidé de s’y rendre. Je sais qu’elle va pleurer, quand elle traversera cette brousse sinistre qui mène vers l’océan. J’ai décidé, au dernier moment, de rester à Cotonou. Florent l’accompagnera à Ouidah. Je n’ai pas le courage de dire à Gisèle que l’endroit où elle se rend m’a toujours fait serrer le coeur d’émotions contradictoires. Vraiment pas envie de pleurer à la veille de la lpvmaxi.jpgfinale du Concours Lu pour vous, l’excellent concours de critique littéraire auquel nous participons ici au Bénin. Samedi tranquille, je me repose en attendant le retour des pèlerins à la porte du souvenir. Il pleut à travers la fenêtre du cybercafé, je crois que ce sont les pleurs de Gisèle qui remontent vers la ville. Dans deux jours je repartirai vers Lomé où m’attendent d’autres histoires dont on aura l’occasion de reparler.

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