Ali Bomaye (Ali, tue-le)!

BoxeMême si je préfère le catch à la boxe (l’artifice complet du premier flatte l’homme de spectacle en moi, tandis que le second réveille en moi l’envie de violence), l’épopée d’Ali écrivant l’un des plus beaux chapitres de l’histoire de la boxe m’a toujours paru grandiose. La plus belle lecture que j’aie faite de l’histoire de la boxe a été écrite par un philosophe, Alexis Philonenko. Inattendu? Pas forcément, Philonenko, à la différence de la plupart des historiens de cet art, l’a pratiqué et en connaît les avanies, les coulisses sordides où l’exploitation le dispute à la misère mentale. Oui, tous les boxeurs n’ont pas la trempe ou l’intelligence d’Ali, lequel a toujours su cultiver sa singularité. Je ne sais rien d’Ali qui mérite une révélation ici. J’ai comme vous entendu ses rodomontades, ses provocations parfois d’une malhonnêteté troublante: comme la fois où il accusa Hollywood d’avoir « réinventé » le personnage du boxeur Rocky avec l’acteur Stallone pour faire de l’ombre à sa grandeur à lui, Ali! C’est marrant, car il n’avait raison que sur un point, sur l’idéologie du film. La saga de Rocky tenait d’une autre vérité, celle de l’éternelle dispute entre les boxeurs blancs et les boxeurs noirs. Rocky Marciano, disparu en 1969 à l’âge de quarante-six ans dans un accident d’avion, demeure aussi une référence dans l’Histoire de la boxe, juste un frappeur et en aucun cas un styliste comme le fut Cassius Clay aka Muhammed Ali! Rocky fut surtout celui qui rendit la ceinture de champion du monde poids lourds aux Blancs. Par la suite elle reviendra de nouveau systématiquement aux Noirs, de Floyd Patterson à Mike Tyson en passant par Mohamed Ali. On ne peut donc comprendre Ali que dans ce contexte fortement racialiste. Oui, la boxe en Amérique est à lire à l’aune du combat racial, car comment comprendre autrement que le FBI ait passé son temps à tenter de prouver que le match Cassius Clay vs Sonny Liston du 25 février 1964 à Miami était truqué! C’est aussi par rapport à cette grille de lecture que je me suis toujours demandé si les Zaïrois avaient eu raison d’inventer le fameux « Ali, bomaye! »

Ali en Afrique_Photo DRA Kinshasa, le 30 octobre 1974, à 4 heures du matin, dans un stade plein à craquer, quand la foule l’incitait à tuer Foreman (Ali, bomaye!), à quoi pensait-il? Au spectacle, je crois, et non au règlement de compte. Sur les images d’époque, on le voit danser, le regard narquois mais jamais méprisant; même lorsqu’il se couchait sur les cordes pour encaisser, il jouait avec un adversaire et non un ennemi. Foreman était un frère noir, jamais il ne l’aurait humilié. D’ailleurs, semble-t-il, voyant l’ampleur de l’excitation populaire, les autorités zaïroises de l’époque avaient fait placer dans la ville ces panneaux qui disaient: « le combat entre Foreman et Ali n’est pas une bataille entre deux ennemis mais un sport entre deux frères. » La négritude a ses limites, stop! Mais vous savez, les filles de Foreman et Ali devenues boxeuses des années plus tard, continueront à jouer avec le mythe de la rivalité entre les deux grands noms de la boxe américaine, au grand bonheur des parieurs naïfs! Cette anecdote pour terminer, que je tiens de mon ami Obambe Ngakoso, lequel la tient des deux facebookeurs Galebahi et  Banaken« De 1967 à 1971 Ali a perdu son titre, sa licence de boxeur (son gagne-pain) et quatre longues années. Dans la vie d’un sportif de haut niveau ce n’est pas rien. Ce fut des années dures pendant lesquelles il a vécu sans le sou, sans jamais renier ses convictions. Très peu de gens savent que durant ces quatre difficiles années il a reçu beaucoup d’aide financière de son frère Joe Frazier. » Alors, Ali, bomaye!? Méfiez-vous des mises en scène sportives!

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