A propos (une fois n’est pas coutume) de la langue française…

françaisC’est devenu la rengaine. A chaque célébration de la semaine de la langue française, le même débat revient. Avec les mêmes accusations, les mêmes récriminations, les mêmes supputations qui se résument à cette seule supplique: il faut abandonner le français (et l’anglais?), et enseigner nos langues nationales! Un nouveau business se profile à l’horizon, croyez-moi, celui des manuels en langues nationales, on ne peut donc pas cracher sur la proposition. Plus sérieusement, le statut de la langue française est certes discutable, mais il reste un statut commode, celui d’une langue que nous avons fini de récupérer et de digérer pour nos usages communicationnels, scolaires et diplomatiques. Le statut des langues nationales est tout autre, leur promotion est obligatoire, une fois réglée la question des préséances linguistiques, et de la constitution de vraies répertoires de textes qui montrent la variété de leurs usages. Pour l’heure donc, je crois nécessaire d’apaiser le débat, et de considérer définitivement la langue française comme un acquis historique.

Le dictionnaire de l’Académie française montre bien comment le français change sous les tropiques, les mots nouveaux qu’il référence à chaque refonte viennent d’Afrique, du Québec et de l’espace francophone. Mieux encore, à bien voir comment nous la parlons, il est indéniable que nous pouvons en faire ce que nous voulons. Il me souvient de l’Abbé ivoirien Paul Kodjo il y a plus de trente ans, dans cet extraordinaire et succulent « français populaire » d’Afrique de l’Ouest, dont la syntaxe, après tout, est assez proche de celle de l’hébreu. Au delà de la syntaxe, c’est la connivence entre le conteur originel et Kodjo qui saute aux oreilles. Lisez plutôt comment il réécrit le récit de La Genèse.

AbbeKodjo« Avant avant, c’est lé Dié seul qué y en a. Lui seul, i posé longtemps, longtemps, longtemps ! Et pi, i pense son tête. I dit que i va fait lé nhomme. I lé fait tout lé quéqué chose qué nous son zié i lé voit. Mais pour fait tout lé quéqué chose, i n’a pas prend à rien. I lé prend son boucha parole seulément. Lé Dié, i lé parlé comme ça : « Faut que clair y en a ! » Et pi, ouala clair ! I lé parlé encore comme ça : « Faut qué zarbes y en a ! » Et pi, ouala zarbes. « Faut qué, soleil, avec line, avec zétoiles leur y en a ! » Et pi, ouala leur ! « Faut qué poissons avec zoiseaux leur y en a ! » Et pi, ouala leur ! « Faut qué zanimaux qu’en sont la brousse, avec zanimaux qu’en sont villages leur y en a ! » Et pi, ouala leur ! Le Dié i lé prend cinq la journée pour fait tout lé quéqué chose. Quand i lé ouvré son deux zié pour voir tout lé quéqué chose qué i lé fait, ouala, leur tout ou sont zoli. Lé Dié i content. I bésoin qué i va repos. »

Ce fut une longue semaine, celle de la langue française, et de la francophonie. Je crois que nous méritons tous de nous reposer un peu. Bonne semaine à tous!

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